L’après cancer : une nouvelle étape

Lorsque le cancer se déclare, se soigner est devenu la priorité. Durant des mois, tout était mis en œuvre, organisé dans ce but, cet unique but de se soigner, souvent concentré à traverser chaque étape, l’une après l’autre. Puis, un jour, le médecin parle de rémission, ou peut-être de stabilisation, ou de cancer « sous contrôle ». A la fin des traitements, c’est de la joie, de l’excitation, du contentement qui s’exprime, mais aussi, de l’inquiétude, de l’anxiété. Les repères sont bouleversés. Les questions se bousculent et se succèdent. Recommencer à vivre, à faire des projets, à prendre soin de soi et retrouver une sérénité…. Parce que, même si il y a fort à parier que cela ne soit pas comme avant ce fichu cancer, c’est quand même la vie qui continue… Et elle mérite d’être la plus belle possible.

Le cancer est derrière maintenant. Le retour « à la normale » pointe son nez. C’est de la joie ! Certains auront des regains d’énergie, et d’autres feront des remises en question pour redéfinir les priorités dans leur vie. Mais pourquoi, cette victoire d’être désormais un « survivant » du cancer, n’est-elle pas que satisfaction et contentement ? Pourquoi la vie après cancer est-elle souvent plus difficile que prévue ?

La menace de la récidive

« Rémission » : qu’il est pénible ce mot ! « Guérison » est un mot bien plus sympathique. Mais voilà, il n’est pas immédiatement employé en cancérologie, en tout cas pas de suite. Il doit subir l’épreuve du temps avant de pouvoir être prononcé, éventuellement, car les médecins sont prudents. Le risque existe, et maintenant on le sait: la plus part des récidives reviennent dans les deux ans qui suivent l’arrêt des traitements. Quelle angoisse ! Ce n’est pas une grippe, ce n’est pas un accident, non c’est un cancer dont on s’est remis, à défaut d’en être officiellement guérit. D’ailleurs à peine les traitements terminés, les rendez-vous médicaux pour la surveillance sont déjà programmés. On va donc le surveiller ce cancer, ou plutôt cet ex-cancer, au cas où… Les proches du patient se réjouissent de cette victoire, et le patient aussi d’ailleurs. Mais pour ce dernier, cela reste souvent plus nuancé. Il est normal de s’inquiéter, de se demander pour chaque douleur, chaque sensation corporelle inattendue ou incomprise, pour chaque malaise : « Est-ce que c’est mon cancer qui revient ? » Et même de se projeter « Et si c’est le cas, comment vais-je réagir ? ». C’est normal. Un temps d’adaptation est nécessaire. Petit à petit, les peurs vont s’atténuer. C’est inversement proportionnel au temps qui passe. Au fur et à mesure que le temps s’écoulera, les inquiétudes diminueront, et laisseront place à plus de tranquillité à ce patient qui aura su d’adapter et qui aura appris à vivre avec. Les bilans de surveillance sans reprise de la maladie se succèdent et laissent espérer au patient de se sentir, enfin, guéri.

 

Une frontière pas évidente entre la maladie et la guérison

Les traitements sont finis. « Vous pouvez reprendre le cours normal de votre vie. » a même dit le médecin! Il est en rémission. Lui-même et tout son entourage s’en réjouissent. En rémission, c’est un peu comme guéri, avec plus de prudence certes, mais dans tous les cas, il n’y a plus de cellules cancéreuses détectables. Donc « guéri » dans ce corps, qui n’est plus tout à fait le même qu’au départ, dans cette vie avant le cancer. Parfois le corps a été mutilé. Les séquelles sont visibles. Ce corps montre encore des effets secondaires des traitements, parfois que le temps effacera, parfois non. Souvent, il faut même continuer à prendre un médicament pendant plusieurs années. Donc on est en rémission, mais on doit encore prendre un médicament tous les jours. Difficile de suivre… Des fois, le-Port-a-cath qui sert à administrer la chimiothérapie reste en place. Normal dans ces conditions de se demander «  Est ce que c’est bien fini ? ». Et puis, le cancer est un choc, un traumatise. Le corps s’en est « remis », mais quand est-il du psychisme ? Le moral a permis d’avancer pas à pas, de supporter les traitements, de serrer les dents, de s’accrocher à la vie. Mais une fois que le combat s’arrête, n’est-il pas légitime de lâcher prise, de baisser «  un peu » les bras ?

Le sentiment d’abandon

A l’annonce de la maladie, on a organisé sa vie autour du monde médical afin de s’y adapter, non sans peine. Les contraintes des traitements, les visites médicales ont rythmées les journées. L’organisation de sa vie s’est restructurée autour des rendez-vous, des examens, des traitements. Cet univers hospitalier fait peur au départ, mais, petit à petit, il s’y habitue. Et enfin, un jour, les traitements, s’arrêtent. Il reviendra pour la prochaine surveillance, dans quelques semaines. Cet arrêt rime avec solitude : fini les allers-retours à l’hôpital, les prises de sang pour la chimio, ou encore les rendez-vous quotidiens pour les séances de radiothérapie. Il se sent seul et livré à lui-même. Il était entouré, par ces proches, mais aussi par le personnel médical. L’univers hospitalier est devenu un milieu connu, presque familier, par la force des choses. Il savait qu’il pouvait compter sur le personnel soignant. De temps en temps des affinités avec d’autres patients, des amitiés même, se sont liées : des relations riches en partage d’expérience sur la maladie. Ce sentiment d’isolement parfois rencontré peut engendrer de l’angoisse, le temps de se réadapter, de se réorganiser à une vie sans traitements.

Quelques conseils

– Vous pouvez utiliser un moyen d’expression libérateur: écrire un blog ou un journal, s’exprimer au travers de travaux artistiques, ou encore discuter, expliquer son ressenti à ses amis. Vous pouvez également avoir recours à un professionnel, ou partager votre expérience au sein d’une association. Il est plus facile de lâcher prise une fois que les inquiétudes se sont exprimées.

– Vous pouvez devenir acteur de votre santé et de votre bien-être : mieux manger, mieux dormir, pratiquer une activité physique, travailler sa gestion du stress…Prendre soin de soi est bénéfique pour sa santé physique mais aussi pour une meilleure gestion émotionnelle.

– Bien que vous ne puissiez pas contrôler la réapparition d’un cancer, vous pouvez maitriser un peu la situation en vous informant sur ce que vous pouvez faire pour votre santé, pour vous : Quel est le suivi médical adapté ? Quels sont les risques ? Comment atténuer les effets secondaires tardifs ?

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