Armelle ou Armelle_Vn

Armelle a 25 ans et se bat contre un cancer des ovaires.

Merci beaucoup Armelle pour ton témoignage sur le blog de Café Cancer.

Instagram : @Armelle_Vn

Quelle était ta vie « avant » le Cancer ?

A 23 ans, la vie me souriait. Je venais d’être embauché dans un salade bar à Lyon. J’allais m’installer en appartement avec mon chéri. J’avais des projets plein la tête, des projets professionnels et personnels. J’aimais être avec du monde, sortir, boire quelques verres avec mes amis. Être en famille, faire des week-ends, de la randonnée, du sport. Une vie de jeune femme assez classique…

Comment s’est déroulé l’annonce du cancer ?

Sur le moment, je n’y crois pas, je vois ma maman s’effondrer à côté de moi. C’est comme si le ciel lui tombait sur la tête. Et moi je ne réagis pas vraiment. Pourtant mon cœur bat la chamade. Ce n’est pas possible que ça arrive à moi. Ce n’est pas la vie que je devais mener, c’est un et cauchemar je vais me réveiller.

Pendant l’été 2018, suite à un rendez-vous gynécologique, on m’annonce que j’ai potentiellement des kystes ovariens. Finalement après une IRM et une coelioscopie, l’annonce tombe le 15 octobre 2018. D’abord par une pré-annonce avec un message m’annonçant que j’allais réaliser un PET Scan, puis ensuite par un RDV avec mon gynécologue. Sur le moment, je n’y crois pas, je vois ma maman s’effondrer à côté de moi. C’est comme si le ciel lui tombait sur la tête. Et moi je ne réagis pas vraiment. Pourtant mon cœur bat la chamade. Ce n’est pas possible que ça arrive à moi. Ce n’est pas la vie que je devais mener, c’est un et cauchemar je vais me réveiller. Finalement je finis par dire :  » Ce n’est pas possible, je fais du sport, je mange équilibré, je ne fume pas, je suis jeune, je coche toutes les bonnes cases pour vivre et en fait je suis malade ? « 

Il me semble que l’on ne se rend pas bien compte du moment où notre vie est en train de déraper… Quand je suis sortie de ce bureau, j’ai pensé que j’y laissais un morceau de mon âme, un bout de mon insouciance. De ma jeunesse. À ce moment-là, je devenais une enfant avec des problèmes d’adultes.

L’incompréhension… Le questionnement aussi. Que va t’il m’arriver maintenant ?

Pourquoi moi ? Pourquoi maintenant ?

Il me semble que l’on ne se rend pas bien compte du moment où notre vie est en train de déraper… Quand je suis sortie de ce bureau, j’ai pensé que j’y laissais un morceau de mon âme, un bout de mon insouciance. De ma jeunesse. À ce moment-là, je devenais une enfant avec des problèmes d’adultes.

Comment se passent les traitements ?

Ensuite, je me retrouve assez vite à traîner les couloirs du Centre Léon Bérard. Je me suis laissé porter par les rendez-vous, les rencontres, les couloirs trop grands, les gens trop tristes… Le chirurgien que je vois m’annonce une opération qui sera longue, qui comporte quelques risques. Cette opération me fait peur et me fait perdre le fait de pouvoir un jour devenir génitrice. Mais, je préfère vivre plutôt que d’enfanter la mort. La date est fixée. En attendant que ces 3 longues semaines passent, je rencontre les aidants du DAJAC (dispositifs adolescents jeunes adultes atteints de cancer). C’est une équipe pluridisciplinaire qui aide les jeunes à traverser cette épreuve du mieux qu’ils peuvent. J’ai pu rencontrer des sauveuses comme je les appelle. Elles m’ont tirée tout en haut de la colline pendant le naufrage du cancer. Le cancer c’est un grand naufrage et sans le vouloir tous nos proches y sont embarqués. Et le capitaine c’est nous !

J’ai pu rencontrer des sauveuses comme je les appelle. Elles m’ont tirée tout en haut de la colline pendant le naufrage du cancer. Le cancer c’est un grand naufrage et sans le vouloir tous nos proches y sont embarqués. Et le capitaine c’est nous !

Christel, Christèle et Marie-Jo sont des femmes extraordinaires. Je n’ai même pas les mots pour exprimer toute la gratitude que j’ai pour elles. J’ai pu avoir des séances de réflexologie, de sophrologie. J’ai eu une assistance psychologique car face à cette épreuve je culpabilisais beaucoup de faire souffrir ma famille, et beaucoup trop de pensées tournaient si forts et si vites. Et parfois il faut savoir déposer l’armure que l’on se crée pour lâcher prise.

L’opération s’est bien déroulée, je ferais 5 jours de soins intensifs et 6 jours d’hospitalisation. Très entourée par mes proches, ça me fait chaud au cœur de les voir autour de moi. Même si je m’effondre le soir, seule, dans ma chambre.

Ne souhaitant pas régresser dans ma nouvelle vie, je rentre chez moi après l’hospitalisation.

Trois semaines plus tard, mon premier rendez-vous avec l’oncologue a lieu. On m’annonce que l’on va me poser un PAC et qu’on va entamer 6 séances de chimiothérapie carboplatine et taxol, et de l’avastin sur 15 mois. La liste des effets secondaires me fait pâlir. Pour moi la chimiothérapie est quasiment synonyme de cadavre. Fatigue, nausées, vomissements, blancheur, pâleur, maigreur, chauve…

Mais ce n’est pas grave, je décide d’y aller. La première séance, 10 jours avant Noël, me met KO. La grande fatigue, les cheveux qui tombent, le goût de métal dans la bouche, les réactions allergiques. Celle d’après se passeront mieux, mon corps s’est plutôt bien adapté au traitement. En mars 2019, je finissais les grosses chimios. Le reste est plus un traitement d’entretien.

La liste des effets secondaires me fait pâlir. Pour moi la chimiothérapie est quasiment synonyme de cadavre. Fatigue, nausées, vomissements, blancheur, pâleur, maigreur, chauve…
Mais ce n’est pas grave, je décide d’y aller.

Comment a réagi ton entourage à l’annonce de ton Cancer ?

Malgré la surprise générale de la maladie, le premier cercle autour de moi a été très bienveillant, très à l’écoute de ce que j’avais besoin, très optimiste. Et c’est exactement ce dont j’avais besoin. Je voulais uniquement des ondes positives et des messages de courage ! Je n’avais pas envie que l’on s’apitoie sur mon sort. C’était comme ça, le destin avait fait son choix. Même si la question  » Pourquoi moi ?  » restait bloqué en moi. Très vite je me rends compte que c’est une question chronophage et énergivore et que je n’aurais jamais de réponse. Alors j’accepte la situation ! Et je la vis, comme des vacances au club med, les services oncologiques oui, c’est le club med. All inclusive.

J’ai toujours été éduqué comme une battante, une guerrière. C’était un tel coup de poignard de mon corps à mon âme.

Malgré la surprise générale de la maladie, le premier cercle autour de moi a été très bienveillant, très à l’écoute de ce que j’avais besoin, très optimiste. Et c’est exactement ce dont j’avais besoin. Je voulais uniquement des ondes positives et des messages de courage ! Je n’avais pas envie que l’on s’apitoie sur mon sort.

Je dois mon combat à mes parents, qui m’ont transmis leur ADN de battante, je suis la fille de guerriers. Sans eux, sans leur éducation, sans leur amour, et leur force, ce combat aurait été différent.

Mon conjoint a été précieux, il aurait pu partir. Mais il est resté. Notre relation est ressortie encore plus forte que ce qu’elle était avant. Même si je crois que dans cette expérience, il a été un dommage collatéral, ça a aussi été mon pilier. Il m’a relevé quand j’avais la tête sous l’eau, il m’a fait rire quand je n’avais qu’envie de pleurer. Il m’a chouchouté quand devant le miroir je ne me reconnaissais plus. Il m’a accompagné alors que j’entrais dans des colères noires après les chimios. Il m’a tenue la main… et il a souffert en silence. Jamais il ne m’a laissée entrevoir un brin de doute dans ses yeux, il avait assez confiance en moi pour savoir que j’avais la capacité à tout mettre en œuvre pour écrabouiller le crabe.

Mon conjoint a été précieux, il aurait pu partir. Mais il est resté. Notre relation est ressortie encore plus forte que ce qu’elle était avant. Même si je crois que dans cette expérience, il a été un dommage collatéral, ça a aussi été mon pilier. Il m’a relevé quand j’avais la tête sous l’eau, il m’a fait rire quand je n’avais qu’envie de pleurer.

Mes frères, mes belles-sœurs, mes cousins, mes oncles et tantes, ma mamie, ont été des soutiens indéfectibles. Dur comme du métal, confiant dans mon combat. Sereins face au chemin que j’empruntais. Ils m’ont tous réchauffée le cœur, serrée dans les bras. Je n’en voulais pas plus. Dans ces moments-là. Je vous promets que la famille est la chose la plus importante !

J’ai eu quelques amis qui ont été très présents… Je leur dois une énorme reconnaissance.

Surtout Anaïs qui m’a encouragé dans cette épreuve et qui m’a transmis toute sa détermination pour faire un fuck au cancer !

Emma qui a été juste présente quand mon monde s’écroulait pierre après pierre. (Qui sait Pierre ?)

Et Charline, qui ne m’a jamais vu ou traitée différemment malgré la gravité de la situation.

Gratitude.

Je me suis beaucoup renfermée durant cette situation, j’ai écarté des amis de ma vie. Car j’avais envie et besoin d’être uniquement le cancer contre moi et moi contre le cancer. C’est étrange mais c’était mon combat, et je voulais tout garder pour moi.

Alors j’ai gardé le silence de la maladie, pendant un temps.

Le deuxième cercle a été plus maladroit. Dans le cadre du travail, quelques réflexions déplacées, des phrases qui blessent. Des connaissances qui posent des questions indiscrètes. Des reproches sur mon silence. Des copains qui font des blagues douloureuses. On respire et on oublie.

Comment est ton quotidien aujourd’hui ?

Aujourd’hui, je finis les traitements en Avril 2020. J’ai hâte, même si j’ai peur. Je me suis habitué à traîner les pieds à l’hôpital, et bientôt je n’irai plus aussi régulièrement. Petit sentiment d’abandon… J’ai repris le travail à mi-temps thérapeutique, il y a 1 an.

Mon entourage est resté très bienveillant avec moi. Je suis ambivalente car parfois j’aimerais qu’on me traite comme Mme Touslemonde mais en fait, ce n’est pas le cas. Je ne peux pas juste tourner la page comme si le chapitre K. était fermé.

Je trouve que le quotidien de l’après cancer est d’autant plus dur que celui des traitements. Parce que comment reprend-t ‘on une vie classique après un cancer ? Quel aurait été la vie des enfants que je n’aurais jamais ?

Je trouve que le quotidien de l’après cancer est d’autant plus dur que celui des traitements. Parce que comment reprend-t ‘on une vie classique après un cancer ? Quel aurait été la vie des enfants que je n’aurais jamais ? Pourquoi je fais sans arrêt 3 pas en avant, et 2 pas en arrière ? Pourquoi ce décalage avec les gens ? Mon quotidien d’aujourd’hui est assez nuageux. C’est dur de se projeter dans l’avenir, de voir la résilience quand le doute et la peur sont là, avec moi.

Quand je vois que le cancer est aussi une grosse machine à fric, et que tant de personnes décèdent encore à cause de cette foutu maladie. Ça me blesse un peu.

Oui j’ai peur, mais je vie. Je suis en vie !

Pour le moment j’ai quelques projets de photos.

Aujourd’hui, nous n’avons pas l’âge légal pour commencer les démarches d’adoption. Nous préférons prendre le temps nécessaire pour réfléchir si réellement nous sommes prêts pour nous lancer dans une seconde bataille afin de devenir parent.

Quel message aimerais-tu faire passer à une personne qui vient d’apprendre qu’elle a un Cancer ?

Pour le moment vous ne vous rendez sûrement pas encore compte. Mais vous allez voir, le cancer va vous changer, vous transformer, vous embellir ! Il y aura les rencontres que vous n’auriez jamais fait avant. L’introspection que vous ne vous étiez jamais autorisée. Les projets que l’on n’aurait jamais osés. Et dans tout ce chaos démesuré, la lumière restera.

Pour le moment vous ne vous rendez sûrement pas encore compte. Mais vous allez voir, le cancer va vous changer, vous transformer, vous embellir !

Il y aura les rencontres que vous n’auriez jamais fait avant. L’introspection que vous ne vous étiez jamais autorisée. Les projets que l’on n’aurait jamais osés.

Et dans tout ce chaos démesuré, la lumière restera.

Ce crabe c’est la claque de votre vie, mais de toute façon, il va falloir que vous l’acceptiez d’accord ?

Alors pleurez, énervez-vous, crier, hurlez. C’est injuste mais c’est comme ça.

Vivez pour pouvoir vous dire tous les jours, je lui ai cassé la gueule à cancer !

Et quel conseil aimerais-tu donner à ses proches ?

Soyez présent c’est le plus important, soyez-vous même. Prenez-vous dans vos bras, dites-vous que ça va aller.

Essayer de ne pas transmettre vos angoisses aux personnes malades, on en a déjà par-dessus la tête.

Un jour quelqu’un m’a dit :  » C’est mieux de partager sa peine ensemble plutôt que seule, tu verras comme ça renforce les liens ! « 

Peut-on te suivre sur les réseaux sociaux ?

Armelle_Vn

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