Camille ou tiiilt_16

Camille a 22 ans et elle est en rémission d’un cancer des ovaires.

Merci beaucoup Camille de nous partager ton histoire sur le blog de Café Cancer

Instagram : @tiiilt_16

Je me présente, je m’appelle Camille. J’ai 22 ans et je peux crier aujourd’hui haut et fort que je suis en rémission d’un cancer des ovaires.

Quelle était ta vie « avant » le Cancer ?

D’un point de vue professionnel, j’ai obtenu un diplôme de logopède (orthophoniste en France) en juin 2018. En septembre 2018, j’ai repris des études en neuropsychologie. En même temps que les études, je me suis lancée en tant que étudiante indépendante afin de pouvoir exercer mon métier de logopède.
D’un point de vue personnel, j’ai toujours été une femme assez active. Je fais du volley en club, je cours et fais de la natation quand j’en ai l’occasion. J’accorde énormément d’importance à tous les moments passés en famille.
D’un point de vue social, je suis quelqu’un qui aime assez bien faire la fête avec sa famille et ses amis. Je suis très bien entourée par eux. Je suis assez sociable, j’aime bien les nouvelles rencontres.
En bref, si je devais me définir en quelques termes : sociable, passionnée, bienveillante, ambitieuse mais aussi, incertaine, exigeante et manque de confiance en soi.

Comment as-tu découvert ton Cancer ?

A vrai dire, je n’ai pas su tout de suite que j’avais un cancer.
Le 3 janvier 2019, en allant à une visite de courtoisie chez ma gynécologue, on me découvre une masse. Afin de déterminer l’ampleur de celle-ci, j’effectue un scanner. On se rend compte que la masse fait 17 cm de haut 15 cm de large et 11 cm de profondeur, autrement dit, un bébé de 6 mois. Pour la petite histoire, avec mes 2 grands frères et ma belle-sœur, on décide de personnifier cette masse en lui donnant un prénom : Roger ; ça nous permet de pouvoir en rire et ne pas dramatiser ce qu’il se passe. Les médecins suspectent un kyste ovarien. Le 29 janvier, je subis une intervention afin d’enlever la masse ainsi que mon ovaire gauche qui est mêlé dans la masse. L’opération se passe très bien, des analyses sont effectuées sur les prélèvements. Les médecins semblent confiants.

on me découvre une masse. Afin de déterminer l’ampleur de celle-ci, j’effectue un scanner. On se rend compte que la masse fait 17 cm de haut 15 cm de large et 11 cm de profondeur, autrement dit, un bébé de 6 mois. Pour la petite histoire, avec mes 2 grands frères et ma belle-sœur, on décide de personnifier cette masse en lui donnant un prénom : Roger ; ça nous permet de pouvoir en rire et ne pas dramatiser ce qu’il se passe.

Le 15 février, la tête encore un peu chamboulée de la soirée d’hier, je me rends à l’hôpital avec ma maman pour avoir les résultats des analyses. A partir du moment où je passe la porte du cabinet, je sens que quelque chose ne va pas. Je sens que je vais ressortir de cette consultation changée à jamais. Ma gynécologue est assise sur le côté assez pâle et un autre médecin à la place principale. Quand l’autre médecin a prononcé ces premières paroles : « Madame, nous n’avons pas de bonnes nouvelles, les analyses révèlent que vous avez un cancer des ovaires ». C’est là que le sol s’ouvre sous mes pieds, une chute libre d’une centaine d’étages. Toute une série d’informations m’est donnée mais je n’entends que la moitié à peine. J’ai juste ce mot « cancer » qui résonne dans ma tête. La seule question que j’arrive à formuler c’est « je pourrais avoir des enfants ? », on n’a pas su me répondre. Ma maman à côté de moi ne parvient pas à parler, elle a le souffle coupé. Je constate sa tristesse face à cette nouvelle. J’entends dans les explications de la doctoresse que l’équipe médicale soupçonne des métastases ailleurs, un autre organe semble touché. Elle avoue, au nom de l’équipe, qu’ils ne se sentent pas capable de prendre mon cas en charge, car ils n’y ont jamais été confrontés. Quand je sors du cabinet, je m’effondre avec ma maman, j’appelle mon papa, mes frères, ma belle-sœur, le reste de ma famille et mes amis proches.
C’est ainsi que je décide de former « mon armée » afin de mener la guerre que la vie m’offre !

« Madame, nous n’avons pas de bonnes nouvelles, les analyses révèlent que vous avez un cancer des ovaires ». C’est là que le sol s’ouvre sous mes pieds, une chute libre d’une centaine d’étages. Toute une série d’informations m’est donnée mais je n’entends que la moitié à peine. J’ai juste ce mot « cancer » qui résonne dans ma tête. La seule question que j’arrive à formuler c’est « je pourrais avoir des enfants ? »

Comment se passent les traitements ?

Comme évoqué précédemment, je subis une opération le 29 janvier afin d’enlever la masse ainsi que mon ovaire gauche et sa trompe. Suite aux analyses de la première opération, ils découvrent que c’est un cancer des ovaires. Ils soupçonnent que celui-ci provient d’un autre organe. Je réalise donc un petscan afin d’avoir plus amples informations sur ce qu’il se passe à l’intérieur. Les résultats sont bons ! Ouf ! Cependant, pour ne rien laisser au hasard, ils décident de m’opérer une deuxième fois le 26 mars. Ils veulent s’assurer par leurs propres yeux qu’aucune métastase n’envahit mon péritoine. Ils réalisent donc des prélèvements sur chaque organe, m’enlèvent environ 80 ganglions, l’omentum et une partie du péritoine. C’est une lourde intervention ! Suite à celle-ci, je me sens faible, je perds énormément en capacité physique. Moi qui suis une sportive, je me vois être incapable de faire 1 km sans pleurer de douleur. Mais heureusement, ma rage de vivre ne me laisse pas m’apitoyer sur mon sort !

C’est une lourde intervention ! Suite à celle-ci, je me sens faible, je perds énormément en capacité physique. Moi qui suis une sportive, je me vois être incapable de faire 1 km sans pleurer de douleur. Mais heureusement, ma rage de vivre ne me laisse pas m’apitoyer sur mon sort !

Par la suite, je reçois tous les résultats des analyses des prélèvements. Heureusement, tout est bon ! Encore une fois, pour ne rien laisser au hasard et être sûrs d’exterminer ce crabe, ils décident de me prescrire 4 séances de chimiothérapie administrées toutes les 3 semaines. Qui dit chimio dit perte de cheveux. Je me sens prête à les perdre, je déconne par rapport à ça. Je dis à maman qui me lisse mes cheveux « profites-en dans 15 jours je les ai plus. » Pourtant, une fois le moment venu, je suis moins sure de moi. Au premier coup de rasoir, le sentiment est indescriptible, je me sens déchirée de l’intérieur. Je sens que je perds l’un de mes attributs de femme. Même si ce ne sont que des cheveux, qu’ils repoussent et ce plus beaux, c’est un signe que la maladie est bien présente et nous dévore de l’intérieur sans qu’on ait le moindre pouvoir sur elle. C’est pour moi l’un des pires moments de ma maladie.

Une fois terminée, je me dis « bon apparemment c’est fini mais on va quand même rester vigilante ». Tous les gens autour de moi me disent « ça y est t’es guérie, alors contente ? ». Difficile de se réjouir quand la peur est présente !

Pour ce qui est des chimiothérapies en soi, la semaine qui suit le traitement je me sens assez faible. J’ai l’impression que l’on m’a rouée de coups. J’ai des douleurs dans les articulations, les os et les muscles. J’ai un peu de nausées. Et pour 2 séances de traitements, j’ai eu des grosses migraines. Sinon, je dois dire que je n’ai pas eu tant d’effets secondaires. Et une fois encore, je pense que ma rage de vivre et ma détermination, me permettent de passer outre mes symptômes et de me mobiliser un maximum pour ne pas rester à rien faire. Ma dernière chimio se passe donc en juin. Une fois terminée, je me dis « bon apparemment c’est fini mais on va quand même rester vigilante ». Tous les gens autour de moi me disent « ça y est t’es guérie, alors contente ? ». Difficile de se réjouir quand la peur est présente ! Je décide de partir une semaine en août rejoindre une amie à la montagne en France afin de prendre un bon bol d’air et recharger les batteries. Malheureusement, ma maladie me rattrape très vite. Je me vois dans l’obligation de me faire rapatrier. Je fais énormément de température et me sens très faible. Je me vois mourir à cet instant, je ne me suis jamais sentie aussi mal. Je n’ose plus dormir, de peur de ne pas me réveiller. Ma maman et une amie me récupèrent aux urgences, toutes les deux sont sous le choc en me voyant et se retiennent de pleurer. Tant elles ne m’ont jamais vu si faible ! Elles m’embarquent donc à l’hôpital. Le stress est à son comble. Est-il revenu ? On croise tout ce qu’on peut. Les médecins me trouvent une masse. Ça y est Roger a un petit frère ! Bienvenu dans la famille Rufus (oui les prénoms sont toujours sortis de nulle part). Ouf ! Diagnostic final, ce n’est pas Roger qui est revenu, mon corps a formé un lymphocèle (amas de lymphe) et celui-ci s’est infecté. Il se trouve très proche de mon ovaire droit. Heureusement, ils ne doivent pas l’enlever. Je reste donc hospitalisée 10 jours afin d’éliminer cette masse de 8 cm de diamètre. Lors de ma sortie, les médecins m’annoncent donc qu’ils me laissent tranquille jusqu’au mois de septembre.
En septembre, je passe une visite de contrôle. Celle-ci n’annonce que du positif. Je programme un contrôle médical en novembre et celui-ci est bon !
Début du mois de mars 2020, j’ai effectué de nouveau un scanner et une prise de sang. Et pour mon plus grand bonheur, tout est bon ! Il ne me reste plus qu’à effectuer un prélèvement d’ovocytes afin de m’assurer un maximum d’être maman un jour. Prochaine échéance : juin 2020 !

Comment a réagi ton entourage à l’annonce de ton Cancer ?

Mes frères, ma belle-sœur, mes parents et moi, nous sommes tous les 6 une famille très soudée et unie. Cette annonce a fait l’effet d’une bombe au sein de la famille. Tout le monde a été anéanti à l’idée de cette nouvelle mais chacun a réagi assez différemment à vrai dire. J’ai dit dès le départ que je ne voulais pas que l’on me cache ses émotions, pas la peine de pleurer dans mon dos et ensuite venir sourire devant moi. Je préférais qu’on pleure une bonne fois ensemble et après que l’on change de sujet.
Ma maman a été très attristée par cette annonce, elle le portait sur son visage. On voyait que quelque chose était brisé en elle. Elle m’a apporté un soutien incommensurable, elle me bordait tous les soirs et c’était le moment où je craquais. Je ne suis pas maman mais je n’ose pas imaginer ce qu’elle a pu ressentir de me voir pleurer, de me voir souffrir, de me voir avoir peur, … Elle a fait preuve d’une telle force elle aussi ! Elle a eu de la chance d’avoir ses collègues qui se sont montrées très présentes pour elle.
Mon papa est un dur au cœur tendre. Il a toujours voulu se montrer positif quant à ce qu’il se passait (parfois un peu trop). Souvent sa tristesse, sa colère, son incompréhension, se voyaient à travers son humeur assez susceptible. Il était celui qui montrait son affection par des actes : un bon petit souper, une petite friandise surprise, une sortie imprévue, …
Mon frère ainé a voulu tout de suite endosser le rôle de celui qui porterait la famille. Celui qui reste fort, ne craque pas et soutient tout le monde. Je vous avoue qu’il n’a pas tenu longtemps sans craquer et ce pour notre plus grand bien à tous. Il était celui qui me faisait frapper dans un punchingball afin d’évacuer toute ma colère.
Ma belle-sœur, qui est devenue une sœur aujourd’hui, m’a soutenue comme aucune belle-sœur n’aurait pu le faire. Durant toute la période des interventions et traitements, elle m’a toujours fait des bisous sur le front. On dit que c’est un signe de protection, on ne s’imagine pas à quel point c’est porteur. Par son humour, sa folie, elle m’a permis de souffler un peu, rire plus fort.
Tous les deux m’ont offert le plus beaucoup cadeau qu’ils pouvaient en me présentant leur petite fille Amalia dont je suis la Tita (tatie en espagnol).
Mon autre frère est quelqu’un de très réservé quant à ses émotions. Il n’est pas du genre à se plaindre ou à faire part de ses ressentis. Il n’arrivait pas toujours à parler de ma maladie. Du coup, il a trouvé un autre moyen tout aussi bien : l’humour. Il était celui qui me lâchait le plus de vannes du genre : « oh Cam fais pas semblant » ; « tu t’es coiffée aujourd’hui (alors que j’avais plus de cheveux) ».
Tous à leur manière ont rendu mon quotidien plus agréable, plus supportable.

Du côté de ma maman, nous sommes une très grosse famille. De manière générale, tous ont témoigné leur soutien que ce soit par des messages ou des visites. Je me dois de vous partager et par la même occasion remercier encore une fois ceux qui m’ont le plus entourée.
Une tatie et un tonton ont été très présents pour moi. Tous les deux pensionnés, ils ont pu être mes parents de substitution quand mes parents travaillaient. Ils m’ont apporté un réel soutien, je me suis faite chouchouter comme jamais !
J’ai donné la tâche la plus difficile à une autre tatie, celle de me raser. C’est un moment que j’ai traversé avec elle, ma maman et ma belle-sœur. Je pense que toutes les 4 on s’en souviendra à vie.
Je ne remercierai jamais assez ma marraine et sa petite famille pour leur présence, les nombreuses journées passées ensemble. Que du bonheur !
J’ai un magnifique souvenir avec une cousine. Elle est venue me maquiller et m’aider à m’habiller le lendemain qu’on m’ait rasé le crâne pour que je sorte dans un lieu public. Elle n’imagine pas à quel point ça m’a aidé !
Mon parrain a également été d’un réel soutien pour moi. Ses messages remplis d’amour et de paroles rationnelles m’ont portés chaque jour.
Il n’a pas été facile de parler de la maladie à ma grand-mère paternelle. Elle était très inquiète car elle a une image « ancienne » du cancer. Elle dramatisait beaucoup ce qu’il m’arrivait. J’ai toujours essayé de la rassurer un maximum ! Heureusement, son compagnon, qui est comme un grand-père pour moi, l’a beaucoup soutenue et a veillé sur elle. Ses câlins m’ont à chaque fois donné un peu plus de force.

Que ce soit mes amis et ceux de mes parents, j’ai eu beaucoup de chance ! J’ai reçu beaucoup de soutien, parfois, même des personnes auxquelles je ne m’attendais pas. Je pourrais vous citer toutes les personnes qui ont été présentes pour moi, mais la liste est trop longue. Je les remercie encore du fond du cœur pour tout le soutien qu’elles m’ont apporté.

Que ce soit mes amis et ceux de mes parents, j’ai eu beaucoup de chance ! J’ai reçu beaucoup de soutien, parfois, même des personnes auxquelles je ne m’attendais pas. Je pourrais vous citer toutes les personnes qui ont été présentes pour moi, mais la liste est trop longue.

Malheureusement, j’ai perdu de vue plusieurs personnes. Certains ont peur de la maladie et n’osent pas m’en parler. D’autres n’ont carrément jamais ou presque pas pris de mes nouvelles. Un tri s’est donc réalisé tout seul.

J’étais donc en première à l’université quand j’ai appris mon cancer. J’ai tout de suite fait les démarches pour avoir des aménagements. Et à mon grand étonnement, je ne me suis pas sentie comprise. Pratiquement rien n’a été mis en place. Au lieu de me soutenir, ils m’ont offert un deuxième combat. Comme si j’avais besoin de ça ! J’ai donc abandonné mon année et ne suis plus retournée en cours. Depuis septembre, je suis inscrite dans une autre université qui s’est montrée beaucoup plus à l’écoute ! Quand j’ai commencé mon année j’avais 4 poils qui se battaient entre eux sur le crâne. J’ai reçu pas mal de regards pas toujours agréables, mais je n’y ai jamais accordé beaucoup d’importance.

Depuis septembre, je suis inscrite dans une autre université qui s’est montrée beaucoup plus à l’écoute ! Quand j’ai commencé mon année j’avais 4 poils qui se battaient entre eux sur le crâne. J’ai reçu pas mal de regards pas toujours agréables, mais je n’y ai jamais accordé beaucoup d’importance.

Comme je pratiquais déjà en tant que logopède, j’ai dû avertir mes patients et leur expliquer. Que ce soit pour adulte ou enfant, ce n’est pas toujours facile de trouver les mots et se faire comprendre sans inquiéter la personne.

Je rajoute ce point car tout ce que je viens de rédiger précédemment révèle beaucoup de positif sur mon entourage. Mais ça me semble important de parler de ces gens maladroits, ceux qui se prennent pour des médecins et savent tout mieux que tout le monde. Il faut vraiment le vivre pour se rendre compte à quel point l’on peut être maladroit dans nos paroles. J’ai reçu beaucoup de remarque que j’ai toujours essayé de prendre au second degré. En voici quelques exemples : « ça va t’es jeune » ; « la médecine a fait des progrès, t’inquiètes » ; « tu sauras avoir des enfants au moins ? » ; « ça va t’es guérie maintenant, tu peux reprendre ta vie normalement » ; « Je sais ce que tu ressens, ça va aller. » ; « bonne année et surtout la santé » ; « ah oui ma sœur est morte de ça » ; … Je pense que j’aurais pu sortir une réflexion de ce genre avant d’avoir ma maladie. Une fois que l’on vit cela on se rend compte que ces phrases qui paraissent anodines peuvent blesser et même (surtout) irriter. Il vaut mieux parfois ne rien dire !

Il faut vraiment le vivre pour se rendre compte à quel point l’on peut être maladroit dans nos paroles. J’ai reçu beaucoup de remarque que j’ai toujours essayé de prendre au second degré. En voici quelques exemples : « ça va t’es jeune » ; « la médecine a fait des progrès, t’inquiètes » ; « tu sauras avoir des enfants au moins ? » ; « ça va t’es guérie maintenant, tu peux reprendre ta vie normalement » ; « Je sais ce que tu ressens, ça va aller. » ; « bonne année et surtout la santé » ; « ah oui ma sœur est morte de ça » ; … Je pense que j’aurais pu sortir une réflexion de ce genre avant d’avoir ma maladie

Comment est ton quotidien aujourd’hui ?

A l’heure d’aujourd’hui, je suis considérée comme étant en rémission. Durant 2 ans, j’ai des contrôles médicaux tous les 3 mois.
J’ai ce besoin de mener beaucoup de projets et de m’occuper énormément. Je fais des études de neuropsychologie, je travaille en tant que logopède, je fais du volley, j’ai repris la course et la musculation, je prends des cours de photographie, je fais des démarches pour lancer une association, … ça fait beaucoup, mais qu’est-ce que c’est bon de se sentir vivre !

J’ai ce besoin de mener beaucoup de projets et de m’occuper énormément. Je fais des études de neuropsychologie, je travaille en tant que logopède, je fais du volley, j’ai repris la course et la musculation, je prends des cours de photographie, je fais des démarches pour lancer une association, … ça fait beaucoup, mais qu’est-ce que c’est bon de se sentir vivre !

Depuis que cette maladie est entrée dans ma vie, j’ai tellement changé dans ma manière d’être et de vivre. Je pourrais vous dire à quel point ça a été une lourde épreuve tant physiquement que psychologiquement. Mais à quoi bon ? Tout cela est derrière moi maintenant !
Je veux juste vous partager à quel point cette maladie m’a apporté du positif, aussi étonnant que ça puisse paraître !
Alors maladie je te dis merci :
Merci de me rendre plus forte.
Merci de me faire apprécier plus fort les moments en famille, entre amis.
Merci de me faire davantage profiter de la nature et ses si beaux paysages.
Merci de me donner de la confiance en moi.
Merci de me donner de l’ambition et l’envie de réaliser des projets plus fous les uns que les autres.
Merci de m’épanouir encore plus dans mon métier et mes études.
Merci de me motiver davantage dans le sport.
Merci de me faire accorder plus d’importance sur le fait d’immortaliser des bons moments en les photographiant.
Merci de me donner l’envie de partager cette histoire plus que jamais pour aider les autres.
Enfin, merci de me donner la rage de vivre encore et encore, car la vie est belle et mérite d’être vécue !

Comment se sent-on après avoir traversé toutes ces épreuves ?

Dans ma situation, il me semble important d’en parler. L’après n’est pas si facile qu’on le pense. Certes on a traversé le pire, les traitements sont finis. Mais psychiquement, tout n’est pas assimilé. L’esprit prend plus de temps pour comprendre tout ce qu’il vient de se passer.
D’une part, on a ce sentiment d’abandon. Durant toute la période des interventions et traitements, je suis allée de nombreuses fois à l’hôpital. J’ai donc été très entourée par le corps médical. Comme déjà évoqué, l’entourage m’a énormément soutenu durant l’année 2019. Et puis d’un coup, voilà on me déclare en rémission. Les rendez-vous s’espacent, l’entourage prend moins de nouvelles. On a un peu ce sentiment de solitude, un peu une sorte cancer blues. J’ai l’impression qu’un grappin est venu me chercher dans mon monde normal et me déplacer dans la case cancer. Et maintenant que j’ai réussi à combattre, le grappin est venu me rechercher et me remettre dans mon monde normal. Sauf que beaucoup de choses ont changé. Prenons l’exemple des soldats qui reviennent de la guerre, je suis persuadée qu’ils éprouvent des difficultés à reprendre leur quotidien.
D’autre part, pour en revenir aux soldats, pendant un an je me suis armée de courage, de force pour tout affronter. Et maintenant, je dois lâcher les armes, baisser la garde car tout semble être combattu. Et c’est difficile de lâcher prise, le stress est souvent présent. Car avec ce genre de maladie, nous ne sommes jamais à l’abris d’une récidive.
Tout cela pour dire que certes le pire est derrière, mais toutes ces péripéties ont encore aujourd’hui des répercussions physiques et psychologiques.

Et puis d’un coup, voilà on me déclare en rémission. Les rendez-vous s’espacent, l’entourage prend moins de nouvelles. On a un peu ce sentiment de solitude, un peu une sorte cancer blues. J’ai l’impression qu’un grappin est venu me chercher dans mon monde normal et me déplacer dans la case cancer. Et maintenant que j’ai réussi à combattre, le grappin est venu me rechercher et me remettre dans mon monde normal. Sauf que beaucoup de choses ont changé.

Quel message aimerais-tu faire passer à une personne qui vient d’apprendre qu’elle a un Cancer ?

Comme pour beaucoup de choses, il n’y a pas de recette magique.
Pour ma part, ce qui m’a aidé :
Le jour de l’annonce j’ai vu une psychologue qui m’a bien « préparée » au pendant. Et j’y suis retournée, il y a peu afin de me « préparer » à l’après. Évidemment, elle ne donne pas une méthode précise ! C’est un travail qui se réalise en collaboration entre la psychologue et le patient. C’est une professionnelle qui a des paroles qu’une personne lambda ne peut avoir.
J’ai toujours eu besoin de voir du monde et de m’occuper, ça m’évitait de ruminer.
J’ai tenté de continuer à me mettre en projet même si c’est difficile. On a l’impression que notre vie est sur pause. J’ai fait énormément de tris dans la maison, j’avais le besoin d’organiser les choses, de trier, de jeter.
Ma plus grande force était d’avoir beaucoup d’humour et de rire de tout. C’était pour moi une manière de faire un fuck à la maladie en lui disant « pas de chance pour toi, tu ne m’enlèves pas mon sourire ».
Une chose très importante aussi et que je me suis forcée à faire, c’est de parler un maximum de mes ressentis, mes craintes. Ça fait du bien d’évacuer !
À la perte de mes cheveux, ce qui m’a aidé à m’accepter c’est de faire un shooting photo. Ça m’a donné beaucoup de confiance en moi.

Et quel conseil aimerais-tu donner à ses proches ?

Dès le début, j’ai décrété que je n’étais pas malade mais plutôt que j’avais une maladie. La différence est subtile et pourtant si importante à la fois. Je n’avais pas l’envie que l’on me considère comme une malade. Certes la maladie faisait partie de moi mais je ne m’identifiais pas elle. J’avais encore bien d’autres casquettes. Et ça c’est important ! Il faut laisser un temps de parole à tout le monde, prendre le temps de parler de la maladie autour de la table. Il faut lui laisser une place et ne surtout pas l’enfuir au fond de soi. Mais elle ne doit pas prendre trop de place. On doit continuer à vivre, à rire, à passer du bon temps !

Peut-on te suivre sur les réseaux sociaux ?

Oui, avec plaisir. Je n’ai aucun souci pour parler de ma maladie. Quand j’ai appris ma maladie, je me suis inscrite sur un groupe de parole de personnes atteintes du même cancer que moi sur Facebook. Et grâce à ce groupe, j’ai pu livrer mes ressentis, mes craintes et j’ai été très bien soutenue par les membres et particulièrement par une fille. On a parlé en privé pendant des heures et des heures et ça m’a beaucoup aidée. Elle a su trouver les mots justes et je me suis sentie comprise. Alors si moi à mon tour, je peux aider, je signe à 2 mains !
Sur Facebook : Camille Pérot
Sur Instagram : tiiilt_16

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