Clarisse ou Lana.1463

Clarisse, 56 ans, est en rémission d’un Cancer du sein.

Merci Clarisse de nous partager ton histoire.

Instagram : @lana.1463

 

Bonjour à tous

 

Je voudrais vous raconter une histoire.

Une histoire comme tant d’autres mais voilà cette histoire c’est la mienne, mon combat face au cancer.

Cette maladie qui à l’heure actuelle tue une personne sur trois en France et une personne sur deux aux États-Unis.

Tout d’abord pour ceux qui ne me connaissent pas, et qui ne me suivent pas sur Instagram, je me présente je m’appelle Clarisse. Il y a quatre ans le cancer a frappé à ma porte il est entré avec perte et fracas sans y être invité . Depuis, je le tiens à distance par tous les moyens, mais je sais au fond de moi qu’il veille tapis dans l’ombre, prêt à revenir au moindre faux pas.

Lorsque j’apprends que je suis atteinte d’un cancer du sein j’ai 52 ans, l’âge critique pour les femmes. Ce n’est pas pour rien qu’à partir de cet âge, on nous propose des dépistages.

Quelle était ta vie « avant » le Cancer ?

Nous sommes au Printemps 2015, je vis avec mon mari et mes filles âgées de 16 et 11 ans, à la campagne à quelques kilomètres de Toulouse, dans un petit village.

Après une carrière dans le marketing et l’immobilier, et une formation de psycho sociologie,  je travaille depuis quelques années auprès d’enfants en bas âge.

Comment as-tu découvert ton Cancer ?

Au printemps 2015, je suis anormalement fatiguée mais je travaille beaucoup 52 h par semaine. Je mets cette fatigue sur le compte de ce trop plein de travail jusqu’à ce qu’une douleur du dos et plus particulièrement de l’omoplate droite se fasse ressentir. Une douleur terrible lancinante qui me terrasse et m’oblige à m’allonger de plus en plus. Puis survient une douleur aux clavicules, tout aussi anormale. Je dois de plus en plus souvent m’allonger pour pallier à cette douleur. Mon chat vient près de moi et pose sa tête sur mon sein droit systématiquement lorsque je m’allonge. Je ne prête pas attention à cela et pourtant… (J’apprendrais plus tard que les chiens et les chats sentent les tumeurs cancéreuses).

Moi j’ai cependant de plus en plus mal et l’intime conviction que quelque chose ne va pas . Un médecin me dit même « Madame vous voulez un arrêt de travail ? » ! Là, je rentre dans une colère monstre,[… ]je lui rétorque « bien sûr que non ». Je souffre et je balaie de la main les dossiers de son bureau.

On me prescrit un bon nombre d’examens (scanner thoracique, radio des poumons, une gastroscopie, prise de sang, tout est normal on ne trouve rien). Moi j’ai cependant de plus en plus mal et l’intime conviction que quelque chose ne va pas !!! Un médecin me dit même « Madame vous voulez un arrêt de travail ? » ! Là, je rentre dans une colère monstre, moi qui ne m’énerve jamais, je lui rétorque « bien sûr que non ». Je souffre et je balaie de la main les dossiers de son bureau.

Surpris par ma réaction, il me fait mettre debout devant lui et me dit vous devez avoir un déséquilibre, je vous envoie voir un rhumatologue.

Ce dernier me fait des infiltrations de cortisone qui me font encore plus mal, mais cependant

me calment malgré tout au bout de quelques jours, au niveau des clavicules.

Cependant j’ai l’intime conviction que quelque chose ne tourne pas rond chez moi : je connais mon corps, ses réactions. Je suis à l’écoute sans pour autant m’inquiéter pour un rien.

Je dis à mon entourage sous forme de boutade, «  j’ai une merde » ,tout en essayant de me convaincre du contraire. Mais au fond de moi, je sais….

Alors, je dis à mon médecin traitant, puisqu’on ne trouve rien je vais aller faire un bilan gynécologique. On me prescrit mammographie et échographie. Depuis l’âge de 38 ans j’étais suivie pour un adénofibrodénome bénin mais assez important.

Le 1er juillet 2015 je fais donc ces deux examens. Le médecin radiologue me trouve des microcalcifications « agglutinées » au lieu d’être éparses comme d’habitude, mais pas d’inquiétudes d’après lui. Je pars donc en vacances en Espagne. Chaleur et fatigue m’achèvent ! De retour en France, je consulte mon gynécologue et là un verdict partiel tombe, je me souviens encore de ses paroles : « le fait que vos microcalcifications soient concentrées pour moi c’est pré-cancéreux, je devrais cependant, avec une tumorectomie pourvoir vous conserver le sein. On se revoit dans quatre mois et on refait les mêmes examens pour voir si cela a bougé ».

 

Le 4 Novembre 2015, je suis avec ma fille ainée pour le contrôle : les deux examens mammo et échographie sont identiques au mois de Juillet. Mon intime conviction me pousse à demander un IRM (il est libre on y va). Deux heures d’attente, le médecin radiologue que je connais depuis des années ne me regarde pas et s’adresse à ma fille de 16 ans. Il y a une tumeur en amont de 1,5 cm qui bouche les canaux et une concentration de microcalcifications également de 1,5 cm. D’emblée il me propose une biopsie. J’ai déjà eu ce genre d’examen à 38 ans je sais que c’est plus que douloureux mais je veux être fixé.

Ma tumeur est maligne et maline dans tous les sens du terme : elle roule, elle se cache, introuvable à la palpation

Ce que je ne savais pas c’est que le médecin allait s’y reprendre à dix fois pour me prélever un morceau de tissus. Ma tumeur est maligne et maline dans tous les sens du terme : elle roule, elle se cache, introuvable à la palpation, sans un échodopler on ne peut la localiser. Après plus d’une heure, les ongles enfoncés dans ma chair, l’échantillon est prélevé. La longue attente de l’ANAPATH va commencer.

Sa secrétaire me met en attente. Elle croit avoir coupé le micro, mais je l’entends demander à sa collègue où elle a mis les résultats de l’ANAPATH du Cancer de Mme P. Elle vient donc de me confirmer indirectement que j’ai bien un Cancer.

J’apprends quinze jours plus tard d’une façon surprenante que j’ai un cancer du sein invasif avec emboles. Nous sommes le 13 Novembre 2015, le soir des attentats du Bataclan. J’appelle le secrétariat du médecin gynécologue. Sa secrétaire me met en attente. Elle croit avoir coupé le micro, mais je l’entends demander à sa collègue où elle a mis les résultats de l’ANAPATH du Cancer de Mme P. Elle vient donc de me confirmer indirectement que j’ai bien un cancer. J’ai réagi de façon stoïque comme si j’étais ailleurs. Mon esprit est rentré dans le combat dès cet instant, mais le parcours ne faisait que commencer.

 

Quel a été ton parcours médical ?

 

Passée la stupeur de l’annonce je me suis mis en « mode combat » dans ma tête.

Il est impensable que je perde cette guerre. Je me suis mise à prendre énormément de renseignements auprès de femmes qui avaient déjà vécu cette épreuve. Trois jours après l’annonce que ma tumeur est bien maligne je rentre en clinique pour une tumorectomie. Entre temps, on m’a prélevé les ganglions sentinelles : deux au total et ils ne sont pas touchés.

Mon cancer est hormono-dépendant invasif avec deux tumeurs de 1,5 cm (pour l’instant) de grade I et II.

Je suis opérée le lundi, le médecin a prélevé des tissus sur six cm de circonférence. Le mercredi matin je rentre chez moi. Mon sein a quadruplé de volume : je passe d’un bonnet C/D à G. J’affronte un hématome gigantesque sur la moitié de mon corps : celui-ci est devenu tout noir. Je reviens en urgence voir mon gynécologue chirurgien qui me prélève une énorme seringue de sang. A ce moment là, il a une phrase qui va me mettre à terre : « Bon si je vous réopère, je poserai cette fois-ci un drain ».

  • Pardon, pourquoi me réopérer?
  • En fait, on a trouvé une petite tumeur de 2 mm non visible à l’IRM et on a peur qu’il y en ait d’autres. Donc si vous êtes d’accord je vous propose une mastectomie pour vous sauver mais vous pouvez la refuser !

Je crois qu’à ce moment-là le sol s’est dérobé sous mes pieds. Je regarde mon mari où je lis l’incompréhension et la stupeur.

Je reprends cependant mes esprits et lui demande : « Si j’accepte que se passe t-il ? »

Il me répond : Si je vous enlève le sein, je vous sauve à 99,99%, vous aurez moins de chimio et moins de séances de radiothérapie mais vous en aurez c’est sûr car votre cancer est grave. Si je vous le conserve je vous sauve seulement à 99%. Vous aurez beaucoup plus de séances de chimio et de radiothérapie mais cela ce sont les oncologues qui vont décider. »

La frontière est tellement ténue, je regarde une fois de plus mon mari et je réponds : «  Ok on enlève tout, enlevez-moi cette merde de suite! »

Il me dit : « Prenez quelques jours pour réfléchir »

Je lui réponds : « C’est tout réfléchi : on  se revoit quand pour l’intervention ? »

Le 7 décembre 2015 je subissais donc une mastectomie du sein droit, quinze jours après la première intervention.

Je rejoignais le cercle très fermé des amazones, «  les guerrières des temps modernes ».

Quelques temps après j’avais enfin le résultat, d’un marqueur très important le HER2 : pour moi il était négatif. S’il avait été positif, j’aurai eu en plus de la chimiothérapie des séances d’immunothérapie pendant un an.

J’ai donc eu un cancer hormono-dépendant invasif avec emboles de types + – – (hormono), (ganglion Négatif), (HER2 négatif)

Le 4 janvier 2016, on me posait le PAC (chambre implantable pour recevoir la chimio).

J’ai attaqué ensuite mes quatre séances de chimio : si je n’avais pas subit la mastectomie, j’en aurais eu le double. Et ensuite 25 séances de radiothérapie. J’ai su quelques temps après, que je n’avais pas besoin de faire de mastectomie car la tumeur de 2 mm était la seule. Par contre elle était de grade III.

A la première séance mon corps s’est paralysé, je ne pouvais plus bouger. Je respirais difficilement. J’ai cru mourir.

Les séances de chimio ont été assez bien supportées, sauf la première et la quatrième.

A la première séance mon corps s’est paralysé, je ne pouvais plus bouger. Je respirais difficilement. J’ai cru mourir. On m’a mis sous morphine et Acupan. J’ai eu le soutien d’une amie magnétiseuse à l’époque qui anticipait la dureté des chimios. Elle savait celles à l’avance qui allaient mal se passer. A la première chimio comme j’étais sous Taxotère : au bout de 20 jours j’ai perdu tous mes cheveux, mais j’avais anticipé et coupé tout mes cheveux longs depuis l’annonce. Je me rappelle être allée sous la douche, mes cheveux tombés par plaques.

Je suis partie voir ma coiffeuse perruquière et je lui ai dit on rase tout

Je suis partie voir ma coiffeuse perruquière et je lui ai dit on rase tout. Elle n’a pas voulu me raser le crâne mais elle m’a tout coupé en laissant un petit cm de cheveux pour qu’ils repoussent plus beaux. J’ai suivi son conseil et ce fût vrai !

Je n’ai jamais pleuré même pas à l’annonce mais j’ai pleuré ce jour là lors de la perte de mes cheveux. L’autre moment où j’ai pleuré et celui en lisant la notice du Tamoxifène et ses effets indésirables, médicament que j’ai pris après la chimiothérapie et la radiothérapie pour ne pas récidiver et cela pendant cinq ans.

La radiothérapie a été pour moi plus facile à gérer que la chimio malgré le nombre de séances et la contrainte d’aller faire des rayons tous les jours pour un quart d’heure.

J’ai eu beaucoup moins d’effets secondaires. Ma magnétiseuse y est pour beaucoup. Après chaque séance elle m’enlève le feu. Sans elle cela aurait été difficile à gérer. De plus elle me ré-énergisait. D’ailleurs, en consultation mon oncologue chimio m’a proposé d’avoir un magnétiseur, un acupuncteur et un homéopathe.

Comment a réagi ton entourage à l’annonce de ton Cancer ?

Mon entourage proche a fait front avec moi, mes parents, mon frère et ma sœur, mes amis proches. Mon mari a eu quant à lui une sorte de déni. Pour lui ce n’était pas possible. Il a une sainte horreur des hôpitaux et de la maladie, « un traumatisme qui remonte à l’enfance voir à la naissance »… 

Il a fait plus ou moins front, il s’est réfugié dans le travail et s’est éloigné de moi tout en étant toujours présent physiquement. Une ambivalence que je n’arrive toujours pas à expliquer même lorsqu’il a entendu le mot cancer, il m’a dit : « il se trompe ».

J’ai donc affronté mes séances de chimio seule : je lui en ai voulu sur le moment. Aujourd’hui, plus du tout. Chacun réagit différemment face à la maladie. Malgré tout, cela a crée des cassures dans notre couple. Un cancer c’est un tsunami qui dévaste et emporte tout avec lui.

Il faut être un roseau pour lui résister et non un chêne car les dommages collatéraux sont nombreux.

Mes filles étaient très jeunes à l’époque. Leur maman malade c’était inconcevable. Elles ont grandi très vite. La maturité s’est emparée d’elles à l’âge ou d’autres non que l’insouciance de l’adolescence.

Mes filles étaient très jeunes à l’époque. Leur maman malade c’était inconcevable. Elles ont grandi très vite. La maturité s’est emparée d’elles à l’âge ou d’autres non que l’insouciance de l’adolescence. Lorsque j’étais alitée, elles me montaient des bols de soupe car je ne pouvais descendre les escaliers. Elles ont été ma force, ce pourquoi, je me suis battue sans relâche, mon envie de gagner ce combat, ma raison d’être. Je voulais les voir grandir, me confier leur doute, leur espoir, leur premier amour, leurs études qu’elles allaient faire, les jeunes femmes qu’elles allaient devenir. Je voulais voir tout cela et être présente.

Dans ma tête je me disais chaque jour qui passe est une victoire sur toi : le Crabe tu ne m’auras pas !…  Pas maintenant.

Step by Step tel était mon mantra comme un prisonnier de Cayenne je rayais les jours d’une barre sur mon agenda ! Chaque jour qui passait était pour moi une victoire de la vie sur la mort.

Durant toute ma maladie, je n’ai eu qu’une obsession, le bien-être de mes filles.

A l’annonce de mon cancer j’étais très entourée. Je le suis encore beaucoup aujourd’hui mais pas forcément par les mêmes personnes. Certaines ont toujours étaient là, chaque jour presque au quotidien. Je pense notamment à mon amie Laurence qui passait chaque jour après son travail immanquablement, à ma sœur pour son soutien de tous les instants. D’autres prenaient de mes nouvelles par téléphone. Et puis, il  y a ceux qui lorsqu’ils ont appris ma maladie n’ont plus jamais pris de nouvelles. Ils ont quitté ma vie du jour au lendemain alors qu’ils y étaient depuis bon nombre d’années.

Et puis la maladie vous fait rencontrer des gens formidables, des soignants des aidants, des personnes qui vivent la même chose que vous et qui deviennent de véritables amis.

 

J’ai arrêté de travailler pendant neuf mois pour pouvoir suivre les traitements. A l’époque, j’avais un job indépendant avec les enfants. Je n’ai pas eu de mi-temps thérapeutique lié à la reprise du travail. J’ai repris mon travail trop vite. Au bout d’un an j’ai fait le point. À  l’heure actuelle je m’oriente sur autre chose qui me permette d’allier mes coups de fatigue, souvent difficiles à gérer et l’envie d’avancer.

 

Je sais que tu es une très jolie femme Clarisse. Tu as même été mannequin lingerie…

Est-ce que ton rapport à la féminité, TA féminité, a évolué au travers de cette épreuve qu’est un Cancer ?

L’impact que peut avoir un cancer du sein sur la féminité d’une femme est énorme.

Le sein revêt tellement d’acceptions : il est à la fois le sein nourricier, le sein maternel, le sein érotique.

Je servais de faire valoir a de jolis dessous. Avoir un cancer du sein  était pour moi comme une punition

Lorsque j’étais étudiante , j’étais en parallèle mannequin pour des marques plus ou moins connues de lingerie féminine. J’avais soit disant une belle poitrine ( 90D). Je servais de faire valoir a de jolis dessous. Avoir un cancer du sein était pour moi comme une punition.

J’ai longtemps allaité mes filles par choix pour elles, mais aussi parce qu’on nous disait que l’allaitement empêchait le cancer du sein. « Point s’en fût ». Je fus doublement punie avec la mastectomie ; mais je vous avouerai qu’à  ce moment-là plus rien n’a existé que l’envie foudroyante de sauver ma vie, peu importante que je devienne une amazone !!!

La souffrance physique doublée de la souffrance morale devait être dépassée coûte que coûte.

Durant de longues semaines, les infirmières sont venues me faire le pansement de la mastectomie : je n’ai pas vu la cicatrice mais je savais que ce n’était pas très beau.

Quand on est amputé d’un membre on dit souvent qu’on a la sensation du membre fantôme. Bizarrement pour le sein c’est pareil. Mon sein me manque…

Quand on est amputé d’un membre on dit souvent qu’on a la sensation du membre fantôme. Bizarrement pour le sein c’est pareil. Mon sein me manque…

Comment dormir, comment se coucher, le déséquilibre du dos que cela provoque…Comment apprend t’on à vivre sans, alors qu’extérieurement rien ne se voit.

On me propose une prothèse, je choisie la « Contact » pour faire corps avec ma peau. Cela marche plutôt bien, je me l’approprie. La matière réagit au contact de ma peau. Elle devient chaude si j’ai chaud, c’est formidable ! Le cheminement intérieur de l’acceptation se fait, bon gré mal gré ! De toute façon, je n’ai pas le choix !

Certaines font des reconstructions immédiates après l’opération. Mon médecin me le déconseille « il y a plein de soucis, dit-il, à cause des adhérences. Vous pouvez le faire si vous le souhaitez ». J’accepte une fois de plus ce que l’on me dit, je fais confiance. Et puis les traitements à venir, la chimio et la radiothérapie, et il ne faut pas de reconstruction immédiate quand il y a un suivi de traitements lourds.

J’ai accepté ce nouveau corps en dépassant l’image physique qu’il me renvoyait. Cette femme dans le miroir, je m’en suis faite une amie, je l’ai apprivoisée

Je me suis habituée. J’ai cherché des vêtements qui ne laissaient rien paraître. J’ai utilisé un temps des sous-vêtements adaptés à une prothèse. Et puis un jour j’en ai eu ras le bol : j’ai pris ma prothèse « Contact »  pour l’équilibre de mon dos, et j’ai envoyé valsé mes soutiens gorges pour mastectomie. J’ai cherché alors ce qui pourrait le mieux s’adapter à cette prothèse. Depuis quatre ans je vis ainsi, je nage beaucoup. Il était pour moi impensable de ne plus pouvoir nager. J’ai acheté une prothèse spécifique prévue à cet effet. Mon entourage n’arrive même pas à savoir quel sein est manquant. J’ai accepté ce nouveau corps en dépassant l’image physique qu’il me renvoyait. Cette femme dans le miroir, je m’en suis faite une amie, je l’ai apprivoisée et pour le moment j’ai choisi de ne pas me faire reconstruire, car pour moi il n’y a qu’un type de reconstruction possible au vu des traitements lourds que j’ai subis et ma peau très fine. On me propose uniquement le grand dorsal. On vous prélève dans le dos une escalope de muscles sur le grand dorsal pour le ramener devant, l’opération dure 7 heures. Aujourd’hui je vis très bien en étant une amazone : mon image extérieure pour moi n’a pas changé, il n’y a que moi qui sait et mes proches ! Le bonheur et le bien-être passent avant tout, par un état d’esprit, par une acceptation de soi.

Je voudrais aussi attirer l’attention que faire du sport après un cancer est nécessaire car il réduit la récidive de 50% selon les médecins. D’une part le sport permet de diminuer les effets indésirables des traitements post-cancer. Il limite la prise de poids liée au traitement et il permet d’autre part d’accepter sa nouvelle image corporelle.

Depuis quatre ans je me suis reconstruite psychologiquement, j’ai accepté celle que je suis devenue. J’ai toujours été féminine. Peut-être encore plus aujourd’hui ?

 

Quand tu étais jeune, tu as frôlé la mort ? Tu nous racontes ?

A l’âge de 23 ans j’ai eu une expérience hors du commun. Le 30 août 1986, j’ai vu la mort de très près. Suite à une hémorragie interne suite à un choc, je suis admise à l’hôpital tard dans la soirée. On est fin août, il fait très chaud pourtant moi j’ai très froid, je réclame bon nombre de couverture. Je me vide de mon sang, j’appelle et c’est le trou noir. Je me souviens juste d’un charriot sur lequel je suis et où je me vois, je suis au-dessus et en lévitation. Je ne comprends pas ce qui se passe, juste que les médecins courent dans les couloirs derrière mon charriot. Tout est flou et moi je flotte, je suis bien et j’ai chaud. Je vois une lumière bleue très intense beaucoup de chaleur. Après un long tunnel j’arrive dans une clairière et là au fond, des gens vêtus de blancs, avancent vers moi. Tout d’un coup, j’aperçois ma grand-mère décédée 14 ans auparavant. Elle vient vers moi, elle me sourit, je ne distingue que son visage. Les visages des autres personnes sont flous. Elle me prend par les épaules et me dit : «  ma petite fille, ce n’est pas maintenant que tu dois me rejoindre, tu as ta vie à faire, écris- là ; tu viendras me retrouver quand tu seras une vielle dame pour tes 97 ans ». A ce moment là, elle me prend par la main me la referme sur la sienne, me fait pivoter face au chemin que je viens de parcourir et me dit «  A bientôt ». Au même moment, j’entends une voix très lointaine qui dit « Docteur je la récupère » et je l’entends égrener des chiffres, 6, 7, 8, 9, « Elle stabilise » dit-elle. J’ouvre les yeux et je vois le visage d’une infirmière qui me dit : « vous revenez de très loin, votre tension a chuté à 6 ! A 5 on décède, mais tout va bien à présent. » Je ne le savais pas encore mais je venais de faire une NDE (Natural, Death, Eminent).

Je savais inconsciemment que ce n’était pas ce Cancer qui allait m’emporter. Il pouvait faire ce qu’il voulait, c’est moi qui allait gagner la bataille.

Paradoxalement cet épisode de ma vie dont je ne parle que très rarement et si je fais le choix de vous en parler aujourd’hui, c’est qu’en fait il m’a donné le courage et la force de me battre, je savais inconsciemment que ce n’était pas ce cancer qui allait m’emporter. Il pouvait faire ce qu’il voulait c’est moi qui allait gagner la bataille.

Je sais c’est carrément irrationnel, impensable, irréaliste mais cela m’a donné cette force et ce courage que je n’avais jamais soupçonné chez moi auparavant. J’ai compris tellement de choses ce jour-là : la vie ne tient qu’à un fil. Depuis ce jour, ma vision de la vie allait être changée.

Sourire, profiter, oser, faire, dire et agir, tels ont été mes mots d’ordre depuis ce jour d’août 1986.

Lorsque le cancer a fait éruption dans ma vie, je l’ai accueilli, je l’avoue assez sereinement. Je ne maîtrisais rien et pourtant j’avais l’impression d’être le marionnettiste qui tire les ficelles de ma vie. C’était et c’est bizarre encore ce détachement malgré les souffrances et la douleur que j’ai eu par rapport à cela. Je suis rentrée dans le combat, machinalement avec force et conviction.

Je sais que tu es passionnée par les fleurs ??

Et par l’écriture ?

Oui, la nature, les fleurs c’est ma passion, une passion transmise par mes grands–mères et ma mère. Dans notre famille, les femmes ne peuvent vivre sans s’entourer de fleurs de toutes sortes, et particulier les roses, comme si c’était inscrit dans notre ADN.

Cette passion tout comme l’écriture, la peinture ou la céramique, m’a aidée à surmonter cette épreuve. Avoir des buts, même artistiques, aide à  se projeter, à oublier, à ne plus focaliser et à avancer. Il faut avoir des passions ? Écrire est pour moi vital. Mettre des mots sur des maux. Il est important dans toute maladie de verbaliser, d’extérioriser sa souffrance, sa douleur. La taire, voire la nier, ne fait que donner de l’ampleur à la maladie. La verbaliser, la nommer permet d’avancer, c’est une sorte de thérapie, toute comme l’art thérapie permet de focaliser son énergie. Le bien que l’on peut en retirer est énorme.

Écrire. Déjà à l’âge de 18 ans j’écrivais mes premiers poèmes. J’aime les mots, le verbe, je suis une femme de communication. Pendant des années, j’ai travaillé dans la communication et le marketing. Par l’écriture, on est en lien avec les autres.

 

Quel message aimerais-tu faire passer à une personne qui vient d’apprendre qu’elle a un Cancer ?

 

C’est très difficile de se mettre à la place d’autrui : chaque histoire est différente. Mais moi ce que je voudrais dire à toutes ces personnes, c’est d’être attentive à son corps. Le corps parle, et quand on ne peut plus dire les choses avec les Mots, le corps l’exprime avec les Maux.

Le corps parle; et quand on ne peut plus dire les choses avec les Mots, le corps l’exprime avec les Maux.

A la fin des traitements , mon oncologue chimio m’a dit :  » Heureusement que vous vous êtes écouté.. car sinon vous ne seriez pas là aujourd’hui « . Donc, on doit croire à ces signes d’alerte, fatigue extrême, mal-être, faire des examens de dépistage. Si le cancer est avéré : croire en soi, plus fort que tout. Être positif malgré tout ce que l’on vous annonce. C’est essentiel, primordial d’avoir un bon moral, s’entourer de personnes qui vous portent, vous aiment et pas qui vous plaignent. Les « ô ma pauvre », ou « ô mon pauvre » : exit !!! La pitié on n’en veut pas. Se battre, ne jamais baisser les bras, vous n’avez pas le choix.

– Prendre du temps pour soi, se faire passer en premier, ce qui compte c’est vous, uniquement vous

– Lâcher prise sur les choses et l’environnement

– STEP by STEP : chaque chose en son temps, inutile de se projeter, cela ne sert à  rien. De toute façon, hier est passé, demain n’est pas encore arrivé, alors il faut vivre le moment présent.

Un cancer c’est sournois. Un cancer ne fait pas mal. Quand vous avez mal dans bien des cas, il est déjà trop tard, alors écoutez-vous.

Et quel conseil aimerais-tu donner à ses proches ?

           

Les conseils que je pourrais donner aux proches sont divers et variés même si je sais que ce n’est pas facile. Les dommages collatéraux existent et sont bien présents dans les familles. Un cancer c’est un Tsunami, un Ouragan qui détruit tout et emporte tout sur son passage.

Un cancer c’est un Tsunami, un Ouragan qui détruit tout et emporte tout sur son passage.

La malade a besoin de votre soutien indéfectible mais pas de votre pitié. Il a besoin de votre positivité, de votre gaieté, que vous gériez le quotidien et les choses matérielles.

Il a besoin quand il ou elle est au plus bas, d’entendre : « On va s’en sortir » et non « Tu vas y arriver ». Il faut que le malade n’éprouve jamais la sensation d’être le seul à se battre

Il a besoin de votre présence bienveillante, de tout votre amour, de toute votre amitié. Il a besoin quand il ou elle est au plus bas, d’entendre : « on va s’en sortir » et non « tu vas y arriver ». Il faut que le malade n’éprouve jamais la sensation d’être le seul à se battre mais que derrière lui ou elle, il y a une équipe, une famille, des amis, des aidants.

En un mot, soyez présent dans les dires et dans les actes pour la personne malade, car plus que jamais, elle a besoin de vous pour gagner le combat de sa vie.

Si j’ai choisi de témoigner aujourd’hui c’est pour apporter mon soutien a tous les malades, pour leur dire que si un cancer est pris a temps, en particulier pour le sein… on peut guérir et on peut rester féminine. J’espère que mon témoignage pourra aider certaines personnes à sortir de cette spirale infernale qui semble ne jamais s’arrêter. Il faut toujours garder dans le cœur l’espoir… et cette citation de Guy Finley :  » Si la vie vous jette a terre, lever les yeux : il y a des étoiles au dessus de vous. »

Peut-on te suivre sur les réseaux sociaux ?

Oui, on peut me suivre sur Instagram uniquement @lana.1463

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