Emy ou millaesaie7

Emy a 22 ans et a accompagné sa maman, décédée d’un Cancer du poumon.

Merci beaucoup Emy de nous raconter ton histoire sur le blog de Café Cancer.

Instagram : @millaesaie7

Qui a eu un Cancer autour de toi ?

C’est ma maman qui a eu le cancer, elle était âgée de 61 ans. Nous l’avons appris en septembre, en réanimation médicale, lorsqu’un matin elle n’arrivait pas bien à respirer et avait mal dans la poitrine. Elle pensait à une crise cardiaque et m’a demandée d’appeler les pompiers. Quand elle l’a appris, j’ai eu peur qu’elle s’effondre mais étonnamment elle n’a pas vraiment eu de réaction (devant moi disons), elle restait neutre et m’a juste dit que voilà, elle était malade et que c’était grave. Moi quand je l’ai su je me suis effondrée, j’étais à l’arrêt de bus, je sortais d’un rendez-vous avec ses patrons.

Quand elle l’a appris, j’ai eu peur qu’elle s’effondre mais étonnamment elle n’a pas vraiment eu de réaction (devant moi disons), elle restait neutre et m’a juste dit que voilà, elle était malade et que c’était grave. Moi quand je l’ai su je me suis effondrée

Une fois qu’elle était devant moi, j’étais fière et j’ai juste dit qu’on allait la soutenir et qu’elle se battrait. Que Dieu était à ses côtés.

Quelle était ta vie « avant » le Cancer ?

Je vivais avec ma mère et mon frère, mon père pas très loin et il passait régulièrement à la maison. Ma mère et moi étions très fusionnelles, toujours ensemble. J’allais la chercher au travail, on sortait toujours ensemble, je lui racontais ma vie, elle aussi, on aimait nos petits goûters l’après-midi, on aimait se balader avec le chien ensemble, etc.…bon on s’engueulait aussi mais on s’aimait très fort. Ma mère était tout de même une femme très fatiguée, elle était femme de ménage. Elle a bossé vraiment jusqu’à ce que son corps la lâche. Le médecin pensait à des courbatures, mais ma mère savait qu’elle était malade. L’été était terrible car elle était un peu dépressive et maigrissait beaucoup.

Comment a-t-elle découvert son Cancer ?

Comme je le disais, un matin ma mère était vraiment dans un état étrange. Elle voulait absolument que je règle plein de choses avec elle, elle courait partout dans la maison comme si elle se préparait. Dites-vous qu’elle avait préparé un sac au cas où qu’elle serait hospitalisée. Puis d’un coup elle s’est sentie très mal, elle n’arrivait pas à respirer correctement et m’a demandée d’appeler les pompiers.

Elle voulait absolument que je règle plein de choses avec elle, elle courait partout dans la maison comme si elle se préparait. Dites-vous qu’elle avait préparé un sac au cas où qu’elle serait hospitalisée. Puis d’un coup elle s’est sentie très mal, elle n’arrivait pas à respirer correctement et m’a demandée d’appeler les pompiers.

J’étais en panique, on pensait à une crise cardiaque et les ambulanciers sont venus. Ils ont constaté que ses constantes n’étaient vraiment pas bonnes. Ils lui ont mis de l’oxygène, beaucoup d’oxygène puis l’ont emmené aux urgences. Ils l’ont gardé et ont fait des examens, sans trop être précis. C’est une fois qu’elle est montée en réanimation médicale qu’ils ont fait tous les tests, ils ont trouvé une grosse masse suspecte et nous ont dit qu’ils pensaient à un cancer des poumons très avancé. 90% de chance que ce soit un cancer, et bien croyez-moi avec ma famille on gardait espoir avec ces petits 10% mais les médecins étaient un peu durs en disant que non, c’était un cancer mais il fallait une confirmation avec la biopsie.

elle est montée en réanimation médicale, ils ont fait tous les tests, ils ont trouvé une grosse masse suspecte et nous ont dit qu’ils pensaient à un cancer des poumons très avancé. 90% de chance que ce soit un cancer, et bien croyez-moi avec ma famille on gardait espoir avec ces petits 10%

Comment se passent les traitements ?

un médecin qui s’appelait Louis, a dit qu’en effet… les soins n’étaient peut-être pas indispensables mais que si elle souhaitait, on pouvait tenter une chimiothérapie qui a pour but de ralentir la progression de la tumeur

Au départ, ils ont annoncé à ma mère qu’il n’y avait rien à faire. En gros, elle devait juste attendre la mort. Ma mère était bouleversée et nous aussi, mais on ne montrait rien devant elle. Toujours on a essayé d’être forts pour elle. On s’est un peu révolté car ils ne voulaient pas la faire grossir pour les futurs traitements car pour eux ce serait des soins de confort. Ma mère s’est battue et a atterri en Pneumologie où un médecin qui s’appelait Louis, a dit qu’en effet… les soins n’étaient peut-être pas indispensables mais que si elle souhaitait, on pouvait tenter une chimiothérapie qui a pour but de ralentir la progression de la tumeur (moi je voyais ça comme prolonger les jours et ma maman aussi, je précise qu’on nous avait dit cash et sans pincettes qu’elle ne tiendrait pas jusqu’à Noël). Un mois et demi après elle a pu faire des séances de chimiothérapie en hôpital de semaine au centre de cancérologie de Poitiers. Malheureusement, le traitement n’a pas fonctionné. Ils ont donc proposé l’immunothérapie ou une autre chimiothérapie. (Entre temps il s’est passé beaucoup de choses, elle a failli nous quitter le premier mois en réanimation mais grâce aux corticoïdes, elle avait retrouvé la forme.) On a regardé plein d’articles sur la chimiothérapie et l’immunothérapie, des études avec elle le soir et elle a choisi de faire l’immunothérapie et elle s’est battue pour l’avoir (à ce moment-là elle se retrouvait en Cancérologie avec un matin à la maison où elle était en HAD, elle faisait encore une crise. Ses constantes étaient mauvaises).

Est-ce que ton quotidien a changé ?

Une chose que j’ai envie de raconter et que j’ai remarqué chez les personnes qui ont cette maladie (car j’ai tenté de faire des études pour devenir aide-soignante, j’ai fait un stage en Pneumologie qui a été trop dur humainement parlant), elles s’inquiètent plus pour vous que pour elle. Une nuit, j’entendais ma mère qui ne dormait pas (elle ne pouvait plus marcher et était au lit tout le temps), je me suis levée et je lui ai demandé ce qu’elle avait. Elle m’a expliqué qu’elle avait mal dans la poitrine et avait du mal à respirer. J’étais près d’elle quelques heures en ayant peur qu’elle parte, j’étais pieds nus et elle m’a dit « tu ne veux pas mettre des chaussettes ? Tu vas être malade… allez mets des chaussettes, je ne veux pas que tu attrapes froid » Ça m’avait profondément touchée, en y repensant j’ai les larmes aux yeux et je lui avais répondu « Maman c’est toi qui es malade, ne t’inquiète pas pour moi je vais très bien. Pense à toi.« 

J’étais près d’elle quelques heures en ayant peur qu’elle parte, j’étais pieds nus et elle m’a dit « tu ne veux pas mettre des chaussettes ? Tu vas être malade… allez mets des chaussettes, je ne veux pas que tu attrapes froid » Ça m’avait profondément touchée, en y repensant j’ai les larmes aux yeux et je lui avais répondu « Maman c’est toi qui es malade, ne t’inquiète pas pour moi je vais très bien. Pense à toi. »

Du jour au lendemain, j’ai dû mûrir davantage et je me suis occupée chaque jour sans exception de ma maman. Je dormais tous les 2 jours à l’hôpital, j’allais aux rendez-vous médicaux, je passais mes journées avec elle. J’en trouvais la force dans son courage et sa volonté, je ne l’ai jamais vu aussi souriante que pendant cette période.

Ma maman voulait grossir, j’ai donc fait des repas en avance avec tout ce qui fallait sous les conseils d’une diététicienne du CHU. Notre famille venait très souvent, on est une famille très soudée et le CHU a dû en avoir marre de nous car nous étions plusieurs dans la chambre mais ma mère était aux anges.

On a tous été aidant dans notre famille mais à la fin, j’étais épuisée mentalement comme physiquement ainsi que la famille. On a pu compter sur Yvanie et d’autres aides-soignantes qui ont été adorables, cette aide-soignante était pétillante et ma mère se confiait à elle, ça me faisait du bien vraiment. Toute ma famille a aidé ma mère, mon frère faisait de la méditation avec elle et l’aidait à contrôler sa respiration, ce qui a marché. Je ne vais pas citer tous les rôles que nous avons eu, mais ma mère était très entourée et jusqu’à la fin nous étions tous là.

Je ressens de la tristesse car encore aujourd’hui, même un an après j’aurais aimé faire plus pour elle mais je suis fière tout de même de tout ce que nous avons fait, d’avoir pu rendre heureuse ma mère dans ses derniers mois sur cette Terre. En 4 mois, nous avons travaillé sur la mort et nos appréhensions face à la vie après la mort. Ma mère est partie sereinement, sans souffrance et c’est le principal.

Je ressens de la tristesse car encore aujourd’hui, même un an après j’aurais aimé faire plus pour elle mais je suis fière tout de même de tout ce que nous avons fait, d’avoir pu rendre heureuse ma mère dans ses derniers mois sur cette Terre. En 4 mois, nous avons travaillé sur la mort et nos appréhensions face à la vie après la mort. Ma mère est partie sereinement, sans souffrance et c’est le principal.

Comment est votre quotidien aujourd’hui ?

Ça a changé toute notre vie à tous mais surtout la vie de ma mère. Il a fallu qu’elle tombe malade pour que nous passions plus de temps tous ensembles, pour qu’elle puisse se reposer, ne plus penser aux problèmes financiers et familiaux…

Ça a changé toute notre vie à tous mais surtout la vie de ma mère. Il a fallu qu’elle tombe malade pour que nous passions plus de temps tous ensembles, pour qu’elle puisse se reposer, ne plus penser aux problèmes financiers et familiaux… tous ses projets de vie, de femme âgée sont tombés à l’eau mais je suis persuadée que malgré la maladie, pendant ces 4 mois elle a senti à quel point on l’aimait et à quel point on pourrait tout sacrifier pour elle. C’était notre reine, notre papillon, notre petit oiseau de vie.

Oui, j’aimerais écrire un livre sur ma mère qui sera intitulé « Le combat de maman » mais il n’aura pas pour but de faire du mal mais de montrer à quel point elle a été forte face à la maladie et la mort. Comment elle a appris à vivre avec cette épée au-dessus de sa tête car j’aimerais soutenir toutes ces personnes atteintes d’un cancer, qu’il soit avancé ou non, car cette maladie (un alien méchant venu gâcher notre/votre vie) ne doit pas gagner quoiqu’il arrive. Je voudrais parler des soignants qu’ils soient bons ou mauvais (plus de bons heureusement et surtout très humains…).

Nous sommes plus soudés que nous l’étions auparavant dans notre famille.

Quel message aimerais-tu faire passer à une personne qui vient d’apprendre qu’elle a un Cancer ?

Sois fort(e), garde la tête haute et va lui mettre une raclée à cet alien parce qu’il ne gagnera pas quoiqu’il arrive. Parce que tu ne seras pas seul(e) quoiqu’il arrive, car oui tu vas combattre seul(e) ce cancer de merde, mais tes proches feront tout ce qu’il faut pour que tu ne sois pas à court d’énergies positives.

Sois fort(e), garde la tête haute et va lui mettre une raclée à cet alien parce qu’il ne gagnera pas quoiqu’il arrive. Parce que tu ne seras pas seul(e) quoiqu’il arrive, car oui tu vas combattre seul(e) ce cancer de merde, mais tes proches feront tout ce qu’il faut pour que tu ne sois pas à court d’énergies positives. Oh oui, il y a des jours où ce sera terrible, des jours de tristesse, mais les jours de joie, seront plus nombreux et ceux qui t’aiment qui veilleront. Qu’importe qui tu es, tu ne seras pas seul(e) et tu vas lui tenir tête.

Et quel conseil aimerais-tu donner à ses proches ?

Ce n’est pas la fin de votre vie, ni celle de votre proche. C’est une nouvelle vie, qui commence d’une manière brutale, mais il faut s’accrocher et faire tout ce qu’il faut pour que la personne ne se sente pas faible, mais plus forte que tout. Si cette personne en vient à partir, ce ne sera pas de votre faute et vous aurez quand même combattu cette maladie.

Ce sera dur, même terrible mentalement et vous allez culpabiliser mais votre sourire, votre regard, vos gestes et votre comportement aura une influence. Ce n’est pas la fin de votre vie, ni celle de votre proche. C’est une nouvelle vie, qui commence d’une manière brutale, mais il faut s’accrocher et faire tout ce qu’il faut pour que la personne ne se sente pas faible, mais plus forte que tout. Si cette personne en vient à partir, ce ne sera pas de votre faute et vous aurez quand même combattu cette maladie.

Oui, le cancer a tué ma mère mais le cancer n’a pas réussi à lui enlever la foi en Dieu, en elle et en l’amour. Elle a souri, elle a pleuré, elle a rigolé de joie et même la dernière journée, malgré la fatigue, elle était fière et gardait la tête haute. Le cancer n’a pas gagné car elle a réussi à vivre jusqu’au 28 décembre et elle a passé le plus beau Noël de sa vie. Ses 4 enfants avec elle, ses petits-enfants aussi présents. J’ai envie de vous dire que je sais que vos proches ou vous-mêmes qui êtes touchés par cette maladie, ne lâchez rien. Chaque cas est différent, chaque personne est unique, mais quoiqu’il arrive ne lâchez rien. Ma mère n’a jamais autant été forte de sa vie plus que ces 4 mois. Elle s’est montrée incroyable, elle était pétillante, souriante, tout le personnel médical adorait s’occuper d’elle. Elle était toujours autant féminine même avec sa maladie et me disait « alerte poils blancs sur le menton », elle était incroyable.

Je me suis lancée à faire ce témoignage pour transmettre ce message et tout le courage que ma maman avait. Je suis issue d’une famille où malheureusement le cancer est une plaie et touche beaucoup les femmes. Ma mamie (la mère de ma mère) est décédée du cancer, ma mère aussi, sa sœur aussi et leur dernière sœur aussi a actuellement le cancer. Soyez prudents, faites attention à votre corps et ne vous sentez pas coupables d’être parano et faire du dépistage. Il le faut, pour vous et vos proches. Le cancer de ma mère a été trouvée trop tard, il y avait des métastases osseuses et cérébrales, nous n’étions pas des personnes qui allaient souvent au médecin, sauf dans des situations vraiment graves ou nous ne pouvions rien faire mais je regrette car peut-être que le cancer de ma mère aurait pu être trouvé à temps.

Peut-on te suivre sur les réseaux sociaux ?

Oui bien sûr, ce n’est pas obligé mais avec plaisir.

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