Nathalie ou Nathaliebenyaala

Nathalie a 37 ans. C’est une maman de trois enfants en rémission d’un Cancer de l’utérus.

Merci Nathalie de nous raconter ton histoire

 

Instagram : @Nathaliebenyaala

 

Quelle était ta vie « avant » le Cancer ?

 

Avant mon cancer, je menai une vie de maman à deux cent à l’heure, entre mes trois enfants, mon travail et le quotidien à gérer.

Au travail comme à la maison je suis hyperactive, j’aime que les choses soient sous contrôle. Je suis le style de maman qui fait passer son bonheur après celui de ses enfants. J’aime passer du temps avec eux, sortir au cinéma, faire des gâteaux …

L’année avant mon cancer j’ai beaucoup tiré sur la corde. J’étais très souvent stressée et fatiguée. Je ne prenais jamais le temps de prendre soin de moi et surtout je n’écoutais pas les signaux que mon corps m’envoyait depuis déjà plusieurs mois.

L’année avant mon cancer j’ai beaucoup tiré sur la corde. J’étais très souvent stressée et fatiguée. Je ne prenais jamais le temps de prendre soin de moi et surtout je n’écoutais pas les signaux que mon corps m’envoyait depuis déjà plusieurs mois.

Comment as-tu découvert ton Cancer ?

 

 

En janvier 2019 j’ai commencé à avoir des saignements. Au fil des semaines ils sont devenus de plus en plus abondants.

En février je prends un premier rendez vous avec une gynécologue de ma ville. Celle-ci me prescrit du fer et me renvoie chez moi.

Les semaines passent et il devient de plus en plus difficile pour moi de continuer à m’occuper de mes enfants ainsi que de me rendre au travail. La fatigue s’installe, et les saignements deviennent gênants lors de mes déplacements.

Courant Mars, les saignements sont de plus en plus importants. Je décide de consulter pour la deuxième fois la même gynécologue. Elle décide de me retirer l’implant contraceptif, en me rassurant car, pour elle, les saignements viennent probablement de cet implant. Elle me prescrit aussi des médicaments pour stopper les règles.

Fin du mois de Mars je suis épuisée. Je décide de consulter pour la troisième fois, et cette fois je suis déterminée à avoir des réponses, car je veux comprendre ce qui m’arrive.

Cette fois la gynécologue me prescrit une échographie, elle pense alors à un fibrome.

Le soir même je passe cette échographie : les résultats ne montrent rien d’anormal. A ce moment-là je suis perdue. J’ai toujours les saignements, et je me sens terriblement désemparée. Je ne sais plus vers qui me tourner.

Le 8 avril 2019, je ne suis pas loin de faire un malaise sur mon lieu de travail, très affaiblie : mes collègues appellent les pompiers. On m’emmène à l’hôpital, où on me fait un premier examen. Ensuite je suis censée attendre dans la salle d’attente, mais les choses vont se passer autrement, car j’ai perdu connaissance dans le couloir.

Je me retrouve en réanimation entourée de médecins qui s’activent autour de moi. On me déshabille. On me crie : « Madame réveillez-vous, vous êtes en salle de réveil » …

A partir de cette journée tout va s’enchainer très vite pour moi : je vais être prise comme dans un tourbillon.

On m’explique alors que j’ai perdu connaissance car mon fer était descendu très bas. On m’apprend dans la foulée que j’ai failli mourir.

La cheffe de service décide de m’examiner de nouveau. Très rapidement au cours de l’examen elle m’annonce que j’ai une grosse masse anormale et volumineuse sur mon col de l’utérus. Elle m’explique qu’elle va devoir pratiquer une biopsie juste au cas où la tumeur serait cancéreuse.

Après quatre jours à l’hôpital, le vendredi 12 avril par téléphone l’annonce tombe : « Madame, je suis navré de vous l’apprendre mais vous avez un Cancer. » A ce moment précis tout bascule pour moi.

A l’annonce de mon Cancer j’ai dans un premier temps ressenti du soulagement. Bizarrement j’étais soulagée d’enfin mettre un nom sur ce que j’avais. Ensuite, dans un second temps, je me suis sentie sonnée, sous le choc.

A l’annonce de mon Cancer j’ai dans un premier temps ressenti du soulagement. Bizarrement j’étais soulagée d’enfin mettre un nom sur ce que j’avais. Ensuite, dans un second temps, je me suis sentie sonnée, sous le choc. Le mot cancer me faisait peur, car j’avais perdu mon papa six ans auparavant de cette maladie.

Dans l’ensemble je trouve que j’ai plutôt bien réagi à l’annonce de ma maladie.

Je me suis mise en mode guerrière car je n’avais qu’une seule chose en tête à ce moment-là : « Je vais me battre pour mes enfants ».

Comment se passent les traitements ?

 

Les choses s’enchainent très rapidement car il faut agir vite. À peine trois jours après l’annonce de ma maladie, je fais tout un tas d’examens : IRM, Pet Scan, bilans sanguins, échographie, radio…

Le 24 avril on me pose la chambre implantable sous anesthésie locale : cela reste un moment traumatisant pour moi, car porter ce petit boitier sous ma peau m’a fait prendre réellement conscience que je suis malade.

on me pose la chambre implantable sous anesthésie locale : cela reste un moment traumatisant pour moi, car porter ce petit boitier sous ma peau m’a fait prendre réellement conscience que je suis malade

Le 29 avril on m’opère sous anesthésie générale pour un curage lombo-aortique. On me retire 11 ganglions, et après examens de ceux-ci il s’avère qu’ils ne sont pas atteints par la maladie.

Le 16 juillet je fais une semaine de curiethérapie. C’est un moment très difficile car je reste alitée quatre jours sans bouger dans mon lit. Les douleurs sont très fortes, et je vais rester dans les vaps’ car les médicaments donnés sont très forts.

Je me souviens très bien du premier rendez-vous avec l’oncologue. Ma sœur m’a accompagné.

Le médecin ne tourne pas autour du pot comme on dit : il nous annonce que mon cancer est important, qu’il faut agir rapidement pour éviter qu’il ne se propage dans l’ensemble de mon corps. J’apprends aussi que ma tumeur fait 6 centimètres et que le cancer a déjà commencé à se propager dans la partie gauche de mon vagin ainsi que dans mes ganglions pelviens. (Ce que l’on appelle un cancer invasif). Ce jour là je vais aussi apprendre que je ne pourrais plus jamais avoir d’enfants, et que je n’aurais plus de règles. Je vais donc être ménopausée à l’âge de 36 ans.

Ce jour là je vais aussi apprendre que je ne pourrais plus jamais avoir d’enfants, et que je n’aurais plus de règles. Je vais donc être ménopausée à l’âge de 36 ans.

Mon protocole de soins est lourd. Le médecin m’explique que comme je suis jeune et robuste, ils vont attaquer le cancer très fortement, ce qui veut dire pour moi 6 chimiothérapies, 30 séances de radiothérapie, plus 5 jours de curiethérapie.

Alors non, pour être très honnête, je n’ai pas bien vécu les traitements, car les séances de radiothérapie étaient très éprouvantes pour moi. En plus je faisais la chimiothérapie en même temps pour mettre toutes les chances de mon côté. J’ai très rapidement été épuisée. J’ai aussi vécu les effets secondaires de la chimiothérapie : nausée, perte d’appétit, fatigue…

Je pense que l’on n’oublie jamais la première chimiothérapie. C’est comme gravé en nous : les douleurs, les odeurs, ce que l’on ressent au moment où on nous branche à l’appareil.

Je pense que l’on n’oublie jamais la première chimiothérapie. C’est comme gravé en nous : les douleurs, les odeurs, ce que l’on ressent au moment où on nous branche à l’appareil.

Pour moi la chimiothérapie est quelque chose de très éprouvant. J’ai eu beaucoup de mal à me rendre à chacune d’elle. Le plus dur après la première chimiothérapie est de devoir revenir sachant tout le mal que le produit nous à fait la semaine qui a suivi l’injection. J’ai dû puiser la force nécessaire pour revenir chaque mardi à l’hôpital. Mes sœurs sont venues auprès de moi pendant les six heures où j’étais reliée à cette machine, assisses sur une vielle chaise en bois, à ne rien faire que d’être là à mes côtés.

Je leurs suis très reconnaissante d’avoir enduré ces jours sombres à mes cotés.

Je dirais aujourd’hui que le plus dur pour moi pendant les traitements fût de perdre mon autonomie. En effet, étant une personne hyperactive et très proche de mes enfants, cela a été très difficile de devoir les laisser à d’autres.

De ne pas pouvoir m’occuper de mon fils alors âgé de trois ans. J’ai dû apprendre à demander de l’aide, apprendre à compter sur les autres (chose pas évidente pour moi).

Je dirais aujourd’hui que le plus dur pour moi pendant les traitements fût de perdre mon autonomie. En effet, étant une personne hyperactive et très proche de mes enfants, cela a été très difficile de devoir les laisser à d’autres.

De ne pas pouvoir m’occuper de mon fils alors âgé de trois ans. J’ai dû apprendre à demander de l’aide, apprendre à compter sur les autres (chose pas évidente pour moi).

Comment a réagi ton entourage à l’annonce de ton Cancer ?

 

L’annonce de ma maladie s’est faite très naturellement avec mes trois sœurs avec qui je suis proche. Par contre cela a été très difficile de l’annoncer à mes trois enfants âgés de 13, 10 et 3 ans au moment de mon cancer. Je n’oublierai jamais ce moment douloureux : voir la tristesse et la peur dans leurs regards. Mes enfants, et en particulier ma fille on était ma force pour affronter ce qui m’attendait.

Ma fille m’a énormément apporté durant les traitements. J’espère qu’un jour elle sera à quel point sa présence à mes côtés a compté pour moi.

Du haut de ces 10 ans elle a été extraordinairement forte. Elle a pris soin de son petit frère et de sa maman quand je n’allais pas très bien. Dans l’ensemble mes deux grands ont fait en sorte que je n’ai pas à m’inquiéter, ils faisaient en sorte de ne pas me solliciter. Je n’ai de cesse de me répéter la chance que j’ai de les avoir auprès de moi.

Concernant mon mari, les choses sont compliquées au moment de la nouvelle de mon cancer : nous avions décidé de nous séparer. Nous l’avions annoncé à nos enfants seulement deux semaines avant l’annonce de ma maladie. Pour des raisons pratiques, nous vivions encore ensemble à ce moment là. Je pense que la situation a été difficile à vivre pour nous deux. Pour être honnête, durant ma maladie j’ai cru que nous allions redevenir proche, retrouver ce que nous avions perdu.

Mais malgré cette épreuve difficile nous n’avons pas réussi à retrouver notre complicité et notre amour d’autrefois. Je crois même que pour moi c’est cette situation qui a brisé le petit espoir qu’il me restait de pouvoir sauver notre mariage. Car après ça, j’ai su que tout était définitivement fini entre nous.

Heureusement j’ai été très soutenue par mes sœurs : elles ont été mon pilier sans elles je ne sais pas comment j’aurais tenu. À chaque chimiothérapie, elles étaient là près de moi. A chaque rendez-vous aussi.

Pour le reste de ma famille, j’ai fait le choix de ne pas en parler. Je ne voulais pas voir de pitié ou autre. J’avais besoin de faire ce combat dans les meilleures conditions possibles. Je pense aussi que je ne voulais pas que les gens me voient affaiblie et malade.

Concernant mon travail, j’ai été surprise par certaines personnes qui ont été là pour moi : ils ne le savent pas mais durant les traitements cela à beaucoup compté pour moi.

Comment est ton quotidien aujourd’hui ?

 

Aujourd’hui je suis en rémission, ma vie a repris son cours. Je n’ai pas encore repris mon activité : je pense reprendre à temps partiel dans un premier temps. Pour le moment je profite de mes enfants, des petits moments de la vie. Je savoure chaque instant auprès d’eux.

D’un point de vue personnel, je suis en plein divorce. C’est toute une période de ma vie qui se tourne.

Ce qui a le plus changé aujourd’hui c’est moi. Depuis que j’ai appris que je suis en rémission il y a quelque chose en moi de changer, je me sens plus sereine. J’ai aussi décidé de réaliser certains de mes rêves. De ne plus reporter les choses au lendemain.

Comme on dit « il y a un avant et un après cancer », et c’est vrai !

Ce qui a le plus changé aujourd’hui c’est moi. Depuis que j’ai appris que je suis en rémission il y a quelque chose en moi de changer, je me sens plus sereine. J’ai aussi décidé de réaliser certains de mes rêves. De ne plus reporter les choses au lendemain.

Comme on dit « il y a un avant et un après cancer », et c’est vrai !

Je dirais aussi que cette épreuve m’a rapproché de mes proches. Cela à resserrer les liens familiaux. Nous sommes plus proches qu’avant la maladie.

Côté santé, j’apprends à vivre avec ce nouveau corps rempli de cicatrices. Je dois aussi vivre avec tout un tas d’effets secondaires dû au lourd traitement, et à ma ménopause précoce.

Sinon je suis toujours une maman poule, mais j’ai appris à travers ces dernières semaines à ne pas vouloir toujours tout contrôler.

Quel message aimerais-tu faire passer à une personne qui vient d’apprendre qu’elle a un Cancer ?

 

J’ai envie de lui dire de se battre, de prendre cette épreuve comme un passage dans la vie, que c’est juste une étape à franchir.

Je lui dirais de se mettre en mode guerrière prête à mener le combat contre ce foutu cancer.

D’être forte qu’à chaque mauvais moment passé. Il y aura dix autres bons moments à vivre après la fin des traitements.

Je lui dirais aussi d’accepter l’aide des gens qui souhaite être là pour elle (psychologue, amies, collègues). D’essayer dans la mesure du possible d’avoir une vie pendant la maladie, de ne pas tout mettre de coté.

De continuer à faire les choses qu’elle aime, de sortir, de voir du monde, de jouer …

Et quel conseil aimerais-tu donner à ses proches ?

 

De toujours être là, car être bien entouré durant les moments difficiles compte énormément pour le patient.  De leur dire que leur soutien va compter dans le combat bien plus qu’ils ne peuvent l’imaginer.

Que le combat contre un cancer se joue aussi en grande partie avec eux. Et que le moral du patient est très important. De continuer à faire en sorte que la personne malade garde le contact avec la vie en dehors du traitement et de l’hôpital. De continuer à rire, malgré la peine de voir quelqu’un qu’on aime si mal. Il faut essayer d’être la même personne, ne pas changer de comportement.

Je me souviens de mon collègue de travail, qui m’a ramené lors de sa visite a l’hôpital un chou- fleur en guise de bouquet de fleur, et bien je peux vous dire que malgré ma situation sur le moment j’ai bien ri et cela m’a fait du bien. Il ne doit pas y avoir uniquement de tristesse et de peur, il faut aussi de la joie, et de l’insouciance pour pouvoir croire que la vie continue….

Je me souviens de mon collègue de travail, qui m’a ramené lors de sa visite a l’hôpital un chou- fleur en guise de bouquet de fleur, et bien je peux vous dire que malgré ma situation sur le moment j’ai bien ri et cela m’a fait du bien. Il ne doit pas y avoir uniquement de tristesse et de peur, il faut aussi de la joie, et de l’insouciance pour pouvoir croire que la vie continue….

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