Solene ou @tvgladii

Solène a 29 ans et se bat contre un cancer du sein.

Merci beaucoup Solène de nous avoir raconté ton histoire sur le blog de Café Cancer.

Twitter : https://twitter.com/GladiiMelora

Instagram : http://www.instagram.com/tvgladii

Je m’appelle Solène, j’ai 29 ans. A mes 26 ans, on m’a diagnostiqué un cancer du sein hormonodépendant.

Quelle était ta vie « avant » le Cancer ?

J’avais 25 ans. Avant le Cancer, j’avais une vie pleine de projets ; je vivais seule dans un petit 30m², avec mes rats. J’étais déjà concernée par le handicap, suite à un accident (renversée par un camion alors que j’étais en vélo). De fait, mon quotidien était déjà chamboulé ; il m’a fallu près de trois ans pour rebouger correctement, ayant le nerf sciatique abîmé. Les mois précédents mon diagnostic, j’étais auxiliaire de vie sociale auprès de personnes âgées, mais je cherchais à me reconvertir. Mon travail ne me convenait plus, j’avais comme but de développer mon activité dans la danse, ma passion depuis de nombreuses années ; je pratiquais plus de 10H par semaine, j’avais une hygiène de vie stricte. Je comptais monter une troupe pour qu’on puisse se présenter en spectacle. C’était assez intense.

Comment as-tu découvert ton Cancer ?

La découverte a été malheureusement tardive, ou du moins le diagnostic ; un an s’est écoulé entre les premiers symptômes (j’avais une boule dans un sein, des règles chaotiques, une importante perte de poids). Pour autant, ça n’a pas alerté mon médecin traitant de l’époque : traversant une période difficile et ayant une certaine tendance à l’anorexie, il a mis ma perte de poids sur le compte d’un épisode dépressif. En découlait l’aménorrhée, et la boule dans le sein n’était pour lui pas inquiétante. Elle était bien mobile, il n’y avait pas de symptômes autres (comme un écoulement du mamelon ou des ganglions gonflés). J’avais donc 25 ans à l’époque, été 2016, et je ne connaissais pas mes antécédents familiaux.

Pourtant, dès que j’ai senti la masse, je savais que c’était quelque chose de grave. Je me souviens, j’avais même dit au médecin que je n’étais pas hypocondriaque, mais que je sentais que ce n’était pas « normal »…

Malheureusement pour moi, après une échographie, le radiologue a confirmé le diagnostic de fibroadénome, une masse bénigne.

Après avoir revu mon médecin généraliste qui n’était toujours pas inquiet, j’ai juste arrêté de chercher. Et c’est un tort, je pense que je regretterai toujours de ne pas être allée plus loin…

Pourtant, dès que j’ai senti la masse, je savais que c’était quelque chose de grave. Je me souviens, j’avais même dit au médecin que je n’étais pas hypocondriaque, mais que je sentais que ce n’était pas « normal »… Malheureusement pour moi, après une échographie, le radiologue a confirmé le diagnostic de fibroadénome, une masse bénigne.Après avoir revu mon médecin généraliste qui n’était toujours pas inquiet, j’ai juste arrêté de chercher. Et c’est un tort, je pense que je regretterai toujours de ne pas être allée plus loin..

Mon état a commencé à changer et se dégrader en début d’année 2017 ; d’abord, mes douleurs dans les hanches sont revenues plus fortes, mais encore une fois, comme j’avais été accidentée… Le médecin a juste conclu à une névralgie.

J’ai fait un premier passage aux Urgences en mai 2017 pour une suspicion d’embolie pulmonaire ; après un long trajet en bus de 10H, j’étais prise de violentes douleurs dans les côtes et une difficulté à respirer. Après m’avoir fait passer une radio, je suis rentrée chez moi. Pour les médecins, je n’avais rien.

J’ai vu une amie ostéopathe, qui m’a permis de regagner en mobilité (je ne pouvais plus lever mon bras droit et mon dos devenait douloureux). Après quelques séances ainsi que de l’acupuncture, j’ai retrouvé un semblant de mobilité. Ça restait douloureux, mais c’était supportable. J’ai repris mes activités, avec des anti-inflammatoires.

Au fil des semaines pourtant, j’étais de plus en plus douloureuse. J’ai fait les spectacles de danse de fin d’année complètement shootée aux médicaments. Début juillet, j’ai eu une première crise de douleur dans le dos. J’étais allée voir d’autres médecins généralistes, pas plus inquiets pour autant. Un m’a même sorti que j’avais des pieds « vraiment pas sexy »… Merci le professionnalisme !

Et fin juillet, sous Tramadol, j’ai fait un malaise. Ma sœur et son chéri étaient là, ils ont tenté de m’allonger dans mon lit ; je me suis mise à hurler de douleur. Ils ont donc décidé d’appeler le Samu, qui m’a envoyé un médecin. Le médecin ne pouvant pas me toucher (lorsqu’il s’est simplement assis sur le bord de mon lit, je me suis remise à pleurer), il a décidé de rappeler une ambulance.

La soirée aura été assez terrible ; je n’étais pas crue, et après m’avoir fait passer une radio du dos, le médecin a voulu me renvoyer chez moi. J’ai réussi à négocier pour passer la nuit aux Urgences, et j’ai commencé à perdre la sensation dans mes jambes au cours de cette nuit. Ils ont donc décidé de me faire passer une IRM, qui a montré qu’effectivement, ma vertèbre L5 avait quelque chose.

J’ai été transférée en rhumatologie où j’ai passé une semaine.

Durant cette semaine, on a fait le bilan de mes antécédents… Les médecins ont de suite compris. Je ne sais plus comment ils me l’ont annoncé, mais au bout de quelques jours ils m’ont parlé de leurs craintes d’un cancer, potentiellement avancé.

On m’a envoyé passer une biopsie, j’ai eu la chance d’avoir mon grand-frère à mes côtés. La médecin qui m’a fait passer l’examen avait le regard sombre, je lui ai dit que je ne comprenais pas, j’avais passé une échographie encore le mois dernier et le radiologue s’était montré rassurant, et je ne comprenais pas le lien entre mes douleurs et un potentiel cancer. Je n’y connaissais rien, personne dans ma famille n’avait eu de cancer. Elle m’a répondu, d’un air grave, que non : pour en voir régulièrement, ma masse n’avait pas une « tête » de quelque chose de bénin. Et que les douleurs pouvaient s’expliquer parce que des cellules cancéreuses auraient migré. J’ai été prise de panique, la tête vide. Mon frère m’a serrée dans ses bras. C’est un sentiment indescriptible, de se sentir en danger sans pouvoir voir ce qui nous attaque. J’avais toujours eu un rapport assez conflictuel avec mon corps, et à cet instant j’aurais voulu être ailleurs, quelqu’un d’autre.

Elle m’a répondu, d’un air grave, que non : pour en voir régulièrement, ma masse n’avait pas une « tête » de quelque chose de bénin. Et que les douleurs pouvaient s’expliquer parce que des cellules cancéreuses auraient migré. J’ai été prise de panique, la tête vide. Mon frère m’a serrée dans ses bras. C’est un sentiment indescriptible, de se sentir en danger sans pouvoir voir ce qui nous attaque. J’avais toujours eu un rapport assez conflictuel avec mon corps, et à cet instant j’aurais voulu être ailleurs, quelqu’un d’autre.

J’ai été transférée en service de cancérologie avant même que les résultats ne tombent, c’était tellement évident pour les médecins. On m’a dit que malheureusement, c’était assez courant qu’un-e patient-e découvre sa maladie à cause de douleurs dans le dos ; les métastases attaquant les vertèbres.

Nous avions convenu avec les médecins de faire le point le vendredi suivant.

Mes parents, mon frère, sa compagne, leur fils et ma sœur étaient présents. Ma belle-sœur est sortie avec le petit le temps que l’on discute. Le médecin m’a regardée d’un air sombre, j’étais dans mon lit d’hôpital, mon papa me tenait la main « c’est un cancer du sein ». Je me suis effondrée, et ma seule pensée a été « je veux aller danser ». C’était inconcevable, comment est-ce que ça pouvait m’arriver, à moi, alors que j’avais un bon rythme de vie, sain, une alimentation végétalienne, du sport, jamais fumé ?!

Très honnêtement je ne me rappelle plus trop de la suite, simplement du médecin continuant ses explications : par « chance », mes organes allaient bien. Seuls mes os étaient touchés par les métastases. J’allais donc avoir diverses opérations pour me soulager et enlever un maximum des métastases. Je crois qu’on a commencé les traitements dès le lundi, en effet le temps pressait. La masse dans mon sein (je l’ai appelée Jean José, parce que c’est moche et ridicule, comme lui ! Désolée pour les éventuels Jean-José qui me liraient…) mesurait plusieurs centimètres et on la voyait à l’œil nu.

Je me suis sentie totalement perdue, j’avais l’impression d’être dépossédée de tout ; j’ai rendu mon appartement (partant pour une hospitalisation longue et n’ayant que peu de moyens, je ne pouvais pas le garder), j’étais aidée pour toutes les tâches du quotidien, ne pouvant pas me laver seule, ni même aller aux WC.

Le premier mois a été très compliqué, j’ai cru mourir à plusieurs reprises tant la douleur était insupportable. Je ne me rappelle pas vraiment du reste, j’ai perdu 10kg à cause des vomissements et des nausées.

Rapidement, mon sentiment d’incompréhension a laissé place à de la colère et une haine de mon corps… J’étais si diminuée, c’était assez inconcevable pour moi qui avais toujours beaucoup bougé.

J’ai été hospitalisée durant un peu plus de trois mois, d’abord au service cancérologique Eugène Marquis à Rennes, puis au service de rééducation de Saint Jacques à Nantes.

Comment se passent les traitements ?

Aujourd’hui, les traitements se passent plutôt bien ! Tout a été mis en place très rapidement, ma situation étant grave. On ne m’a pas proposé de préserver mes ovocytes ; pour cela il faut soit faire une stimulation hormonale qui aurait pu m’être fatale (mon cancer étant hormonodépendant), soit attendre un cycle, et ça n’aurait pas été raisonnable non plus.

Contrairement à la majorité des patients-es, je n’ai pas eu de chimiothérapie. On m’a d’emblée proposé de participer à un essai clinique : PADA-1. Derrière ce nom rigolo (le logo l’est aussi, je pense que les chercheurs ont beaucoup d’humour!), il s’agit d’une thérapie ciblée. J’ai en comprimé un cachet de Palbociclib (125mg à mon entrée dans l’essai, je suis passée à 100), j’ai commencé avec du Letrozol.

J’ai aussi eu une cimentoplastie de ma L5 en août 2017, et une pose de prothèse de hanche en septembre, durant mon hospitalisation. Après ça, on a enchaîné sur la radiothérapie : de la vertèbre, de la hanche, et du sein.

Je n’ai pas perdu mes cheveux (au début si, mais pas entièrement, et maintenant ça s’est régulé), par contre ils sont clairement abîmés par les traitements. Ma peau est aussi devenue très sèche, et j’ai davantage de poussées d’eczéma.

Depuis quelques mois, je suis passée dans la deuxième phase de l’étude PADA-1, on a remplacé l’inhibiteur de l’aromatase par une injection d’hormonothérapie, le Fulvestrant. C’est un liquide épais et visqueux qui s’injecte assez mal donc ce n’est pas super confortable, c’est même plutôt douloureux, et depuis j’ai droit aux joies des SPM ! Mais sans les règles après, ‘faudrait pas exagérer non plus… La semaine précédant l’injection je suis souvent plus énervée, plus tendue, et déprimée.

J’ai eu en plus une séance de cryothérapie sur la côte et de nouvelles séances de radiothérapie il y a peu sur le sternum, dans le but de soulager les douleurs.

Les douleurs causées par les lésions osseuses sont ce qu’il y a de plus difficile à vivre dans ma maladie ; elles sont peu soulagées par la morphine que je prends (j’ai changé plusieurs fois de molécules, certaines sont mieux tolérées que d’autres). De plus, la morphine a tendance à couper l’appétit, voire donner des nausées. Ce n’est donc pas vraiment la panacée.

Les douleurs causées par les lésions osseuses sont ce qu’il y a de plus difficile à vivre dans ma maladie ; elles sont peu soulagées par la morphine que je prends (j’ai changé plusieurs fois de molécules, certaines sont mieux tolérées que d’autres). De plus, la morphine a tendance à couper l’appétit, voire donner des nausées. Ce n’est donc pas vraiment la panacée.

Ajoutons à ça la fatigue quotidienne, les bouffées de chaleur et le stress, j’ai donc en plus de la morphine, un antidépresseur que j’essaie d’arrêter, et des anxiolytiques. Tout mis ensemble paraît énorme, mais c’est, je crois, le prix à payer pour vivre correctement. Ça peut faire peur, mais au fil du temps on s’habitue.

Les premiers temps ont été très difficiles, mais c’est surtout la morphine que je tolérais mal. Je vomissais beaucoup, ne mangeais que peu, j’ai très peu de souvenirs des premiers mois à vrai dire. J’avais aussi pas mal d’hallucinations, ou de cauchemars la nuit. Depuis peu je prends de la Mirtazapine le soir, et c’est miraculeux : je ne fais quasiment plus de cauchemars, alors que j’avais un sommeil un peu compliqué depuis l’adolescence, donc déjà bien avant le cancer.

Comment a réagi ton entourage à l’annonce de ton Cancer ?

J’ai eu énormément de chance, comme je disais, quasiment toute ma famille était à mes côtés. Mon papa, ma maman, mon frère et ma sœur. Seule mon autre sœur était loin, elle était partie en vacances en Corse, je l’y avais poussée alors qu’elle voulait rester près de moi. J’ai donc eu à lui annoncer la nouvelle par téléphone et pour tout dire, hé bien je ne me rappelle plus très bien… Je sais qu’on a pleuré, beaucoup.

Mais dès qu’elle est rentrée, elle s’est montrée très présente et m’apportait mon « lait d’or » quotidien, une boisson à base de curcuma, une plante réputée pour protéger du cancer. Mes proches se relayaient à mes côtés, ma maman venait trois jours sur Rennes pour être avec moi, mon papa venait aussi souvent que possible et m’appelait tous les jours. Mes amis venaient aussi très souvent, ou m’appelaient dès qu’ils le pouvaient.

Et le petit bonus : mon ex, que j’avais quitté en 2016, avec qui j’étais toujours amie, m’a écrit une lettre pour m’annoncer qu’il m’aimait encore et qu’il souhaitait être à mes côtés dans cette épreuve. On parle souvent des conjoints qui quittent leurs compagnes à l’annonce de la maladie, moi j’ai la chance qu’il soit revenu.

Et le petit bonus : mon ex, que j’avais quitté en 2016, avec qui j’étais toujours amie, m’a écrit une lettre pour m’annoncer qu’il m’aimait encore et qu’il souhaitait être à mes côtés dans cette épreuve. On parle souvent des conjoints qui quittent leurs compagnes à l’annonce de la maladie, moi j’ai la chance qu’il soit revenu

Je le reconnais et je remercie la Vie tous les jours pour ce cadeau : je suis entourée et ne pourrais espérer plus beaux amours à mes côtés. Ça n’aide pas à guérir, mais être entouré-e aide clairement à mieux encaisser les traitements.

Le reste de ma famille et de ma belle-famille se montre présent, je sais que je peux compter sur elleux si besoin. J’ai la chance d’avoir une famille soudée.

Du point de vue travail… J’ai la chance encore une fois d’avoir des responsables respectueux et avec qui je m’entends bien. Je suis toujours officiellement en arrêt de travail, et on s’appelle de temps en temps pour se donner des nouvelles. Ma responsable m’a toujours dit « prenez soin de vous d’abord, le travail ça passe après ». Et je l’en remercie pour ça car j’ai pu garder l’esprit tranquille pour me focaliser sur ma santé.

Comment est ton quotidien aujourd’hui ?

Il est changé, ça c’est sûr. Aujourd’hui, je vis un peu plus au jour le jour, j’ai encore beaucoup de mal à me projeter dans l’avenir, j’ai vraiment du mal à mettre Jean-José de côté.

Mais aujourd’hui on a deux petites chiennes, Oroshi et Pandore, mes fluffilles comme j’aime les appeler ; pas vraiment des enfants, mais tout comme, dans mon cœur de fluffy-maman.

Je vis doucement 🙂 Je prends le temps aujourd’hui. J’ai trois séances de kiné par semaine, qui me pompent pas mal d’énergie.

Ah oui, puis je ne l’ai pas dit, mais à ma sortie d’hospitalisation j’ai emménagé chez mon « ex-plus-vraiment-ex », et on s’est PACSé ! On a notre petite famille tous les quatre. J’aimerais bien adopter… d’autres animaux. Les bébés humains, c’est sympa chez mon frère ou mes sœurs, mais pour moi non merci…

Cela dit la stérilité a aussi été une étape. Je ne voulais déjà pas d’enfants avant, mais être privée de ce choix a été difficile à accepter. Et puis, c’était aussi priver mon compagnon… Il n’en voulait pas non plus, mais je me sentais horrible de lui enlever ce choix. On en a beaucoup parlé, pour en venir à la conclusion que les animaux, c’était quand même bien plus sympa pour nous.

Mais donc la stérilité n’a pas été simple à accepter, surtout dans une société où on nous matraque qu’une femme doit enfanter, doit être ceci ou cela. Être une femme malade, c’est difficile à concevoir pour la société.

Ça a été même compliqué d’accepter de me mettre en couple, la psychiatre m’a beaucoup aidée, et mon chéri m’a fait la plus belle des déclarations : « oui, le cancer, c’est difficile aussi (pour ui). Mais c’est encore plus dur de vivre sans toi ». Comment est-ce que j’aurais pu le rejeter après ça ?!

Encore une fois j’ai beaucoup de chance car je suis très aidée. Niveau pro de la santé, en plus de ma kiné qui est une perle, j’ai des infirmières adorables (bon l’une me fait un peu peur, et comme je suis nulle pour garder mes ordonnances rangées parfois la nuit je rêve qu’elle m’engueule… Mais en vrai elle est gentille). J’ai bien sûr changé de médecin traitant, mon nouveau est à fond à mes côtés, alors que je n’avais qu’une confiance limitée envers le corps médical, il m’a vraiment aidée.

J’ai retrouvé mon autonomie, mais ayant encore beaucoup de difficultés, j’ai aussi une auxiliaire de vie sociale (ironique pour une AVS, d’avoir une AVS!), qui nous aide dans l’entretien de l’appartement et d’éventuelles petites courses.

En plus de ça j’ai un entourage présent, si j’ai besoin d’aide.

De fait, forcément ma vie a pas mal changé entre mon entrée à l’hôpital et le diag, et maintenant. Mais, en vrai, hé bien je l’aime bien. J’ai trouvé une sérénité que je n’avais pas, une liberté aussi. Dans peu de temps je passerai en incapacité de travail, un arrêt de travail ne pouvant pas aller au-delà de trois ans. Je vais donc être licenciée.

Et la suite ? Hé bien… Difficile à dire encore. Je me suis trouvée une passion pour le streaming de jeux vidéo, c’est un peu ma bouteille d’oxygène. J’ai l’impression que beaucoup d’anciens malades décident de créer des projets en lien avec d’autres malades, je ne déroge pas à la règle ; je ne sais pas encore quand, mais j’aimerais beaucoup faire de la zoothérapie avec mes chiennes. Mon aînée étant très empathique, je pense que ça lui conviendrait bien. J’attends juste de retrouver un peu plus d’énergie, et qu’elle même soit plus mûre dans sa tête.

Quel message aimerais-tu faire passer à une personne qui vient d’apprendre qu’elle a un Cancer ?

Pour être honnête : tu vas en chier ta race, oui. Il n’y a pas de petit cancer, c’est un mensonge ; le cancer, ça déglingue, ça envoie tout valser, toutes les convictions, tout ce que tu pensais, c’est un tsunami. Mais on peut vivre, tu peux vivre aussi. Tu peux réapprendre. C’est faux aussi de croire que l’espoir fait vivre, alors ne t’empêche surtout pas de pleurer si tu en ressens le besoin. Autorise-toi à être triste. Tu as le droit de pas toujours être au taquet, c’est normal. Ce que tu ressens est normal, et on l’a tous ressenti. Entoure-toi des bonnes personnes, parce que tu auras besoin de tout leur soutien. Il y a peu, une personne tres chère à mon coeur et avec qui j’ ai repris contact il y a quelques mois m’a rappelé:  » je ne serais pas revenu si je ne pouvais pas encaisser  » alors que je m’enfermais dans mes pensées et n’osais plus parler de mes angoisses. ce sont des gens comme ca dont tu auras besoin.

Pour être honnête : tu vas en chier ta race, oui. Il n’y a pas de petit cancer, c’est un mensonge ; le cancer, ça déglingue, ça envoie tout valser, toutes les convictions, tout ce que tu pensais, c’est un tsunami. Mais on peut vivre, tu peux vivre aussi. Tu peux réapprendre. C’est faux aussi de croire que l’espoir fait vivre, alors ne t’empêche surtout pas de pleurer si tu en ressens le besoin. Autorise-toi à être triste. Tu as le droit de pas toujours être au taquet, c’est normal. Ce que tu ressens est normal, et on l’a tous ressenti. Entoure-toi des bonnes personnes, parce que tu auras besoin de tout leur soutien.

Par contre on a de très bons médecins, et de très bons traitements ! Alors on a quand même le droit d’espérer. Et même si tu as comme moi un cancer d’emblée avancé, on peut vivre avec. On peut retrouver une vie normale ! Cela fait bientôt trois ans qu’on m’a diagnostiqué mon cancer, et je vis bien, malgré quelques aménagements !

J’ai voulu témoigner sur Café Cancer pour plusieurs raisons : déjà, pour montrer qu’on peut avoir un cancer du sein jeune, sans antécédent. Que c’est important de s’écouter, si on sent que quelque chose ne va pas, il faut pousser les examens. Nous connaissons mieux nos corps que les médecins, c’est important de se faire confiance. Et de garder à l’esprit qu’il y aura des jours meilleurs. Sur le moment, les jours et les mois qui suivent, c’est un ras de marée. On n’y comprend rien. Mais on peut s’en sortir.

Ensuite, parce que… Je voulais donner un témoignage de quelqu’un qui n’est pas un « battant ». Ça peut sembler étrange à dire, mais je n’ai jamais compris quand on me disait de « me battre ». Comment ? Moi, tout ce que je fais, c’est prendre des traitements… J’ai eu envie de montrer qu’on pouvait vivre un cancer autrement qu’en devenant un super héros du positif où tout est beau où « si on veut on peut ». Parce que non, pas forcément. On ne décide pas de tout, on ne décide certainement pas de notre guérison. Par contre on décide de prendre ou non un traitement, on décide ou non de faire le pari, avec les médecins, de vivre. On décide de qui on s’entoure.

Je voulais donner un témoignage de quelqu’un qui n’est pas un « battant ». Ça peut sembler étrange à dire, mais je n’ai jamais compris quand on me disait de « me battre ». Comment ? Moi, tout ce que je fais, c’est prendre des traitements… J’ai eu envie de montrer qu’on pouvait vivre un cancer autrement qu’en devenant un super héros du positif où tout est beau où « si on veut on peut ». Parce que non, pas forcément. On ne décide pas de tout, on ne décide certainement pas de notre guérison. Par contre on décide de prendre ou non un traitement, on décide ou non de faire le pari, avec les médecins, de vivre. On décide de qui on s’entoure.

Personnellement, j’ai décidé d’apprendre à vivre, en cohabitant dans un seul corps avec Jean-José. Il est là, il sera probablement toujours là (j’ai bon espoir de déjouer les pronostics et entrer un jour en rémission complète mais bon, allons-y par étape!). Je ne peux pas me dire qu’il va partir, d’un claquement de doigts. Alors on va juste vivre ensemble. Et ça, c’est bien moi qui l’ai décidé, le premier jour où j’ai avalé ce fichu Palbociclib.

Celleux qui vous diront que 70… Non, même 90% de guérison (n’ayons pas peur des chiffres !), c’est grâce au moral : ils ont tort. Aucune étude ne montre de lien entre le moral et la guérison. Alors ne culpabilisez pas d’aller mal par moment. Ce serait même inquiétant que vous alliez toujours bien ! Autorisez-vous à aller mal. Et repartez ensuite en traitement, parce que ce qui est sûr, c’est qu’on tolère mieux les traitements si on est mieux dans sa tête.

Celleux qui vous diront que 70… Non, même 90% de guérison (n’ayons pas peur des chiffres !), c’est grâce au moral : ils ont tort. Aucune étude ne montre de lien entre le moral et la guérison. Alors ne culpabilisez pas d’aller mal par moment. Ce serait même inquiétant que vous alliez toujours bien ! Autorisez-vous à aller mal. Et repartez ensuite en traitement, parce que ce qui est sûr, c’est qu’on tolère mieux les traitements si on est mieux dans sa tête.

N’hésitez pas à vous tourner vers un psychologue ou psychiatre. Parfois les proches ne sont pas capables d’entendre les choses, alors c’est important d’avoir une oreille en dehors pour pouvoir parler librement. C’est très important de pouvoir lâcher ses pensées, même les plus sombres, ou qu’on estime « honteuses » (en vrai elles ne le sont pas), pour pouvoir ensuite aller de l’avant.

Et quel conseil aimerais-tu donner à ses proches ?

N’essayez jamais de minimiser ce que la personne vit. Ne lui dites pas « tu as de la chance, ça se soigne bien ». Avoir un cancer n’est jamais une chance, et ça ne se soigne pas si facilement. N’essayez pas de donner des conseils non plus pour comment vivre son K, vous n’êtes pas à sa place. Si vous ne savez pas quoi lui dire, dites simplement que vous êtes là. Parfois on n’a pas besoin de plus !

Prenez soin de vous aussi, être proche de malades, ce n’est pas toujours évident. N’hésitez pas à vous même chercher du soutien, voire même voir un psy ! N’hésitez pas non plus à dire lorsque c’est trop, c’est important de connaître ses limites, et je pense que c’est OK de ne pas être à l’aise avec la mort. Parce que oui, le cancer, même si ça se soigne mieux, et qu’on peut vivre avec, on peut aussi en mourir. Et je pense que c’est important d’en parler aussi.

être proche de malades, ce n’est pas toujours évident. N’hésitez pas à vous même chercher du soutien, voire même voir un psy ! N’hésitez pas non plus à dire lorsque c’est trop, c’est important de connaître ses limites, et je pense que c’est OK de ne pas être à l’aise avec la mort. Parce que oui, le cancer, même si ça se soigne mieux, et qu’on peut vivre avec, on peut aussi en mourir. Et je pense que c’est important d’en parler aussi.

Enfin, simplement continuer à considérer la personne normalement. Il n’y a rien de plus agaçant que d’être pris en pitié ! La bonne distance n’est pas aisée à trouver, mais en tenant compte de ce que vit et ressent votre proche malade, vous y arriverez 🙂

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J’y parle de mon quotidien, sans filtre. Je serais heureuse de vous y retrouver !

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